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ADITI SINGH
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Mercredi 1er Février
2006
16 : 25
Je n'ai dormi que 4 heures, car j'étais sur
le tournage de Anand Gandhi sur lequel travaille Pankaj. J'ai fait
un rôle figuration, rencontré un jeune réalisateur
et régisseur ; le tournage était plutôr bordélique
et m'a rentrer bien tard... 6 heures. A 11h, Ram a tambouriné à
ma porte tellement fort qu'il a réussi à me réveiller.
Je suis parti en rickshaw pour Mulund où se trouve le bureau de
Nitin Desai. Après une heure de trajet, je suis arrivé.
Son bureau est dans un immeuble classique pour l'Inde. Il m'a reçu
directement. Il était en train de finir un RDV et j'en ai profité
pour observer le bureau. Il y avait tous les award, sur la gauche, des
films pour lesquelles il a fait les décors, qui ont reçu
des prix nationaux : Devdas, Hum Dil de Chuke Sanam, Lagaan... des films
que je conseille.
Il m'a dit "What are your requirements?", nous avons donc parlé
des décors du film, il m'a montré un bureau moderne avec
plein de vitres, un "Bunglow", c'est à dire une maison,
qui peut s'avérer intéressante pour les intérieurs.
Pour le train, il a un rail qui sert à filmer les paysages, et
un compartiment en studio avec lequel on peut faire une incrustation par
le biais d'un écran bleu. J'ai demandé si on pouvait projeter
directement. Je sais que cela se voit, mais cela me fascine, les projections
de paysages dans les films de Hitchcock. En plus, puisque je vais monter
sur CTM (table de montage pellicule) je ne pourrais pas avoir d'effets
spéciaux.
Il m'a proposé de m'arranger le chef opérateur du film "Swades",
qui est un senior ; s'il lui demande il pourra accepter pour un petit
budget. Il m'a aussi proposé d'utiliser une rue de Bombay qu'il
va recréer les 8-9-10 février.
Sur le trajet du retour,
je n'ai fais que revoir le cadre du film en le pensant en studio. Je pensais
à "Whity", de Fassbinder. Il a réussi à
détourner un décor de Sergio Leone à ses propres
fins. Je me disais que cela serait vraiment amusant d'utiliser ces décors
Bollywoodiens avec des dialogues très littéraires, empruntés
à l'Europe, à l'Ouest.
De retour à Andheri, j'ai appellé Dhiraj que je dois voir
ce soir, il m'a déconseillé d'interagir avec Vinod, "he's
a B-Grade, C-Grade, director... do not interact with him... he's a sexoholic..."
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Jeudi 2 février
21 : 46
Journée pleine.
11h. RDV avec Patrick Deyvant, directeur de l'Alliance
Française de Bombay.
Je me suis rendu à Marine Lines en train local, classe II.






Il a beaucoup aimé le projet et donne son soutien. I, c'est vraiment
quelqu'un de sympathique. Il m'a présenté Jean-Baptiste
Haquette, directeur de la Maison Folie de Moulins. JB était en
Inde pour son dernier jour. Il s'occuppe de la programmation pour Lille
3000, prépare des installations. Il m'a parlé des prises
de vue en rickshaw, et j'ai directement cliqué car j'en ai déjà
fait plusieurs. Je lui ai parlé de l'installation 'the
blinking editor' que j'avais présenté en 2003 à
Oakland. Il a directement rebondi dessus. Nous sommes ensemble allés
voir Krsna Mehta, un jeune designer
qui dirige la société Zeba, qui a même une boutique
à New York. Il n'a rien à voir avec le cliché de
l'indien. C'est un jeune à la peau clair, la tête rasée,
et des lentilles qui rendent ses yeux bleus. Il a étudié
en occident et il est revenu en Inde. Son travail rend compte de l'exotisme
avec une forme et des procédés modernes.

Il y avait des coussins de partout et la première
envie que l'on avait était de se jeter dessus.
De
retour à Andheri, j'ai enfin eu par le biais de l'Institut
Camoes de New delhi, le contact d'une traductrice qui parle Hindi, Francais
et Anglais. J'attends de connaître ses tarifs, elle m'a dit pouvoir
faire la traduction pour lundi, après quoi les choses sérieuses
vont enfin pouvoir commencer...
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Vendredi 3 février
4 : 24
Je pense beaucoup à la question des décors.
Demain, je vais visiter les studios de Nitin
Desai.
L'idée de tourner à Goa ne s'impose plus. D'abord, car le
sujet parle avant tout de la ville. De l'éloignement et de la solitude
que l'on trouve dans les grandes villes. Le problème avec Goa,
c'est que c'est un lieu touristique, pittoresque pour les maisons portugaises
dont les photos figurent sur la page du mois de
janvier. Or, pour que le traitement soit juste, il faut éviter
le pittoresque. J'essaye de mener ici la même vie que j'aurai en
France, ou la même vie que mènent les indiens. (Je dis bien
j'essaye, car j'en suis loin). Disons, qu'à partir du moment où
l'on arrête de suivre le guide du Routard et d'aller dans les endroits
où les touristes passent, le rapport au pays change. Les gens n'essayent
plus de m'arnaquer et on me demande même parfois si je suis étranger.
(pas souvent non plus...).
Aussi, ce film ne montrera pas la réalité de l'Inde, mais
sera plus une interrogation sur l'artificialité. C'est pour cela
que je cite souvent Fassbinder. car il n'a eu de cesse d'interroger l'artifice
dans ses films, où cela culmine dans "Roulette Chinoise".
Il a même dit que les accents exagérés des personnages
de Bavière deviennent plus réalistes que s'ils étaient
les vrais. C'est cela qui le frappe tant dans l'artifice chez lui ; quand
les décors et les situations sont déformés, le spectateur
a alors plus de liberté, car on ne lui impose pas une "vérité".
Aussi, je n'ai aucune intention de montrer l'Inde ; ni sa pauvreté
ni ses moeurs tant différentes des nôtres. Je considère
chaque instance narrative (personnages, décors, dialogues) comme
des symboles, des accès à la réalités. Des
connexions avec des souffles, des atmosphères, des climats affectifs.
Le monde n'existe que dans notre esprit, ou plutôt, notre esprit
est le monde. Aussi, ces accès à la réalité
relative sont l'un des traits du cinéma, art industriel qui associe
temporairement des perceptions conscientes et inconscientes ; de manière
passive.
C'est pourquoi la question de la distanciation par l'artifice revêt
autant de l'éthique que de l'esthétique. Fassbinder, pour
Brechtien qu'il soit, met souvent des cadres dans son cadre et des objets
au premier plan qui gênent la vision. Je ne comprenais jamais pourquoi
une lampe qui n'a rien à voir avec l'action se retrouvait au premier
plan, devant les acteurs en train de parler. Certains ont parlé
de la conception Shopenhauerienne du monde qui découle de ces interêt
donné à l'inanimé.
Pour en revenir au film, j'ai en même temps peur que le décalage
soit trop grand avec les studios. Je suis certain pour la scène
du train car l'idée de la projection est vraiment géniale.
Dans le film "Lettre d'une inconnue" adapté de Stefan
Zweig (la version américaine dont j'ai oublié le réalisateur),
il y a une scène où le couple monte dans un train artificiel.
, genre attraction de fête foraine. Le couple s'assoit dans un wagon
;A chaque fois que le monsieur paye, il y a un nouveau décor, (un
peu comme les petits appareils photos avec des diapositives), qui défile
par la fenêtre. Le décor est carrément peint. Alors
il dit à sa douce "Alors, voulez-vous aller à Monaco
?", puis elle ensuite "Oh oui, et puis allons aussi en Suisse",
et un paysage de montagnes défile.
Pour ce qui est des bureaux et de la maison j'hésite encore. Il
y a une qualité - je crois qu'on appelle cela sabi en
japonais - et une valeur attribuée au objets qui portent les marquent
du temps. La façon dont les objets viellissent ici me touche spécialement.
Dans Rajiv Kumar, j'ai fait des plans sur les murs vides qui portaient
la marque du temps. Cela me rappelle cette phrase de Bresson :
"TRADUIRE le vent invisible par l'eau qu'il sculpte
en passant."
Il est 5 : 03, je vais essayer d'aller un peu dormir...
21 : 35
Compte-rendu de la visite des studios de Nitin Desai.
Je me suis rendu en rickshaw jusqu'à Mulund (1 heure 20 de trajet),
au bureau de Nitin Desai. Je suis arrivé à 9h30, il était
en réunion, j'ai attendu qu'il ait finit jusqu'à 11h00.
Nous sommes ensuite allés en voiture jusqu'à ses studios
qui se trouvent à soixante kilomètre au sud de Bombay. Il
a acheté le terrain il y a seulement un an, mais la construction
ne s'arrête pas. Il y avait une amie à lui, Puja. Puja était
online producer sur le film "Mangal Pandey", un énorme
succès, avec Aamir Khan dont chaque rôle attire les foules.
Mangal Pandey est le premier film à avoir été tourné
dans les studios. Nitin a construit pour cela un énorme décor
en quelque jours, en extérieur ; ici, il n'a a pas de risque de
pluie. Au fond, le climat m'a fait penser à la Provence, mais il
est plus proche de Los Angeles, et je commence de plus en plus à
comprendre le parallèle avec Hollywood. L'étalement de la
ville est similaire et l'on passe une grande partie de son temps dans
les transports.
Durant le trajet pour aller au studio, je lui ai parlé du projet,
de la vie de Pessoa, des personnages en rapport avec l'histoire originale.
au fur et à mesure de mes explications, il imaginait des décors.
Quand j'ai dit que Rajiv incarne la modernité (il refuse de s'engager),
et Adhiti la tradition (elle veut à tout prix se marier avec lui)
; Nitin a proposé que leurs demeures respectives incarnent cette
dichotomie. Il m'a aussi proposé qu'au lieu du train, ils se voient
au cinéma.
Nous avons commencé la visite par leurs propres
bureaux qu'il trouvait intérressant à cause de la transparence,
des vitres qui permettent de voir et qui deviennent aussi des miroirs
selon l'axe.





Ces bureaux donnent un ton résolument moderne.
J'ai été tout d'abord gêné par le fait qu'ils
ne soient pas intégrés dans la ville, car le paysage extérieur
est plutôt rural.
Nous avons grignoté des beignets légèrement
épicés en regardant des bandes-annonces des productions
qu'il a faites sur une télé énorme. Ensuite, nous
avons pris un petit véhicule électrique genre ceux que l'on
trouve sur les terrains de golfe, et nous sommes allés dans un
bunglow, qu'il me propose comme décor.

Là aussi, j'étais gêné par
le fait qu'il n'y ait pas d'ambiance de ville. Il a ouvert une fenêtre
et m'a montré la route qui passait, il m'a dit qu'on pourrait y
faire passer des véhicules. En continuant sur le chemin, il y avait
des carrosses dans le style ancien, et je me suis dit que cela serait
vraiment amusant de les faire passer derrière.
Ensuite, il m'a montré la vue ci-dessous, et m'a dit qu'il allait
en faire une rue de Bombay d'ici le mois de mars. Cela pourrait servir
par exemple quand Adhiti sort de chez elle.

Nous sommes ensuite rentrés dans un grand studio,
transformé en opéra antique. Il m'a désigné
les deux marches en haut à droite et m'a dit que Rajiv et Adhiti
pourraient s'assoir là comme s'ils étaient au cinéma.

Nous sommes alors rentrés dans un entrepot, où
sont stockés tous les modèles ayant servis aux productions
précédentes.


Les colonnes ci-dessous ont servi dans Devdas.


A la fin il m'a dit "You're going to learn a lot
in those two months...", je lui ai répondu "I hope so
!". Je réalise à présent la portée de
ses paroles en voyant ces photos. En fait, je n'ai jamais vraiment eu
une vision des décors comme il me l'a montré aujourd'hui.
Je crois que je vais énormément apprendre de sa façon
de concevoir les décors. Au tout début de la journée,
il m'a parlé de l'interêt de tourner en studio, du fait que
pour lui il est plus intérressant de faire exactement ce que l'on
a envie, de suivre sa vision plutôt que d'essayer d'être réaliste.
Il m'a parlé de Bhansali, et du fait qu'il contrôle chaque
détail de ses mises en scènes. Je lui ai répondu
que tous les grands réalisateurs faisaient cela. Et comme un heureux
hasard, cette pensée de l'artifice qui me tournait dans la tête
fût notre premier sujet de discussion alors, bien sûr, j'étais
prêt à enchaîner. Je lui ai bien dit que je n'avais
pas de souci de réalisme, mais plutôt d'être fidèle
à une vision personnelle. Je lui ai dit que j'avais envie de faire
un pont entre l'artifice comme on le pratique dans le cinéma indien
et la façon dont ont pu le faire des auteurs européens.
J'avais tout au long de la journée deux films en tête. Le
premier était Querelle de Fassbinder, film ostensiblement
artificiel, dont les paysages sont carrément des peintures, et
les décors en plastique.
Le deuxième, encore plus important pour moi, c'est E la nave
va, de Fellini. Ce film entier est une reflexion sur le statut du
vrai et du faux au cinéma, le travail en studio étant l'un
des paramètres importants du cinéma de Fellini à
partir de sa phase surréaliste. J'aime bien les scènes dans
Intervista où le travail en studio est montré,
le tournage devient le film...
Pour en revenir à ce film culte qu'est Et vogue le navire,
il commence comme le cinéma. En sépia, caméra fixe,
petit à petit, l'image devient noir et blanc, puis commence à
bouger, le son se greffe, puis arrive la couleur. Durant les cinq premières
minutes, on a assisté à quatre-vingt années de l'évolution
d'un art moderne (le film date de 1983). Fellini annonce d'emblée
que pour lui, le cinéma n'est pas un art qui se doit d'être
fidèle à la réalité, mais plutôt un
art du spectacle, qui reproduit une réalité, une vision
personnelle.
Dès les premières images couleurs le côté factice
des décors est annoncé. La mer est une vague de plastique
qui bouge actionnée par des machines. ("Je suis un grand menteur").
La paysage derrière est un fond de studio peint. L'histoire du
film est on ne peut plus simple, la plus grande cantatrice de son temps
(du genre la Callas) vient de mourir, tous ses amis embarquent sur un
bateau pour aller disperser ses cendres. Évidement, il s'agit de
l'aristocratie d'Italie et d'ailleurs. Tout au long du film, l'artifice
des relations devient de plus en plus évident au milieu de cette
mer de plastique et de ce soleil projecteur. Quant à la fin, un
autre navire attaque le paquebot, on voit bien qu'il s'agit d'une maquette
en carton, pourtant l'impression demeure la même. Le coup de grâce
qui peut changer une vie, (j'ai entendu une histoire selon laquelle un
couple serait allé voir ce film, l'homme ne l'ayant pas aimé,
sa copine qui en était bouleversé à décider
de la plaquer...) c'est bien sûr le plan final. Alors que notre
paquebot est en train de chavirer, la caméra se retourne vers l'équipe
de tournage. On voit tout d'abord des types qui tiennent des feux qui
produisent la fumée des canons, le chef opérateur sur une
grue en train de filmer la caméra, on descend en dessous de la
mer de plastique et l'on voit qu'il s'agit en fait d'une énorme
plateforme actionnée par des verrins qui donnent une impression
de mouvement.
J'avais déjà noté que dans Raging Bull de
Scorsese, le dernier combat de Jack la Motta contre Sugar Ray Robinson,
était complètement chorégraphié, à
l'envers de tout réalisme. Tout d'abord, De Niro n'est pas un boxeur,
et l'éclairage n'a rien à voir avec celui que l'on trouve
sur un ring, on se croirait plutôt sur une scène de spectacle.
Ayant comparé les dessins préparatoires déssinés
par Scorses lui-même, il était intérressant de noter
qu'il avait conçu cette séquence comme une chorégraphie,
avec des ralentis, des plans sur les genoux qui recoivent les sang, ou
sur le sang qui part dans le public. Il a même mis sur le dernier
coup de poing avec lequel Robinson achève La Motta le fameux effet
de distorsion inventé par Hitchcock pour Vertigo (la caméra
fait un travelling avant et un zoom arrière, ce qui a pour effet
d'agrandir le second plan alors que le premier plan reste à la
même taille) destiné à rendre cet effet de vertige.
Après ce plan succède un plan sur le poing de Robinson,
le son d'ambiance est coupé, l'image est au ralenti, dilatant cet
instant fatidique, le rendant intenable, puissant. Comme un prédateur,
le poing descend sur le visage de La Motta dans un dernier assaut qui
l'achève. La façon dont le montage rythme la séquence,
les effets de ralentis, la fragmentation de l'espace du ring, autant de
procédés de déformation qui rendent le combat beaucoup
plus puissant que nature. Du coup, on y croit plus.
Je crois qu'à partir du moment où il y a une machine entre
la perception et le monde, on ne peut prétendre à montrer
la vérité. Faire des films, c'est apprendre à dompter
cette différence entre la façon dont nous percevons les
choses en directe et la façon dont elles rendent à l'écran.
Je m'en suis bien rendu compte ce soir en regardant les photos des repérages
en studio, qui rendaient mieux les idées de Nitin que sur place.
Habitué qu'il est, en voyant cette rue vide, il voit déjà
l'image projetée sur un écran. Comme un maçon voit
sur un terrain vierge la bâtisse qu'il s'apprête à
construire.
Je voudrais conclure avec une remarque sur la simplicité et l'humilité
des indiens. Et dont Nitin est un exemple vivant. Il ne se donne aucune
importance ou ne donne jamais de leçons ou ne raconte jamais ses
exploits en tentant d'épater la galerie, comme le font souvent
les hommes en occident. Je me faisais la réflexion que cela est
peut-être du à la perte du respect pour les chefs, pour les
gens qui ont des responsabilités en général ; thème
cher à Fellini, qu'il a décrit avec humour dans Prova
d'orchestra.
J'ai aussi pensé le matin à part moi, que
ce qui m'intérresse dans un film comme Devdas, c'est la psychologie
de la beauté ; Pankaj et d'autres reproches aux films de Bollywood
de toujours montrer des acteurs principaux qui ressemblent à des
mannequins. Je me disais que le plus important pour Adhiti, c'était
de trouver une actrice qui incarne ce principe de grâce. Pour Rajiv,
quelqu'un de raffiné, élégant naturellement. Je pensais
qu'au fond, ce film était très proche de Ozu. Je veux une
lumière comme ça. La psychologie de la beauté est
très présente chez Ozu. Ses films apaisent ; je ne sais
comment il faisait pour que ses acteurs portent en eux autant de grâce,
de pureté, de sensibilité alliée à la générosité.
Ses plans frontaux qui les mettent à nu. Comme si la tentative
du cinéma en général à recadrer tendait à
habiller les gens et à masquer leurs être, à donner
plus d'importance au metteur en scène qu'aux acteurs. Je ne saisis
pas vraiment pourquoi ce cadre si frontal donne autant de nudité...
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Samedi 4 février
20 : 43
J'ai passé preque toute la journée dans
les locaux de Kaleidoscope entertainement, PVT LTD qui sont aussi depuis
peu les locaux de Film Finances. Je m'y suis rendu ce matin en train,
les bureaux sont juste en face de la boutique de Krsna Mehta ; et ressemblent
aux bureaux de Nitin Desai. J'y allai sur invitation de Puja Bedi, rencontrée
la veille avec Nitin Desai.
Elle n'était pas là lorque je suis arrivé, on m'a
installé devant la télé et montré un film
qu'elle voulait que je vois. Il s'agissait de Schatten der Weit, (Shadows
of time), une production allemande tournée a Calcutta en 2004.
Le film raconte l'histoire d'amour de deux enfants qui se rencontrent
dans une usine de métier à tisser. Lorsqu'ils doivent se
séparer, ils se disent qu'ils se retrouveront dans le plus grand
temple Shiva de Calcutta. Dix ans plus tard, le garçon arriveà
Calcutta (c'est un homme à présent), il se rend au temple
et ne la trouve pas. Il est devenu un fabriquant de tapis de talent, elle
est devenue courtisane. Il ne la trouve et finit par se marier avec la
fille de son patron et elle avec un riche officier. Ils se ratent et se
revoient à la fin alors qu'ils sont très vieux, mais se
quittent dans l'anonymat. Le film avait un budget de 3,5 millions d'euros,
et a reçu le soutien de nombreuses compagnies allemandes. Mais
il a raté la sortie il a été diffusé pour
la première fois à Montréal, ce qui l'a empêché
d'aller dans l'un des quatres grands festivals de films : Cannes, Venise,
Berlin, Toronto... Aussi il n'est pas rentré dans le frais. Film
Finances est une compagnie qui garanti la bonne production et l'achèvement
des films pour les investisseurs comme les banques, etc...
Puja est au départ Line Producer, et travaille maintenant dans
la branche de Film Finances de Bombay. La compagnie Kaleidoscope a produit
des films de première qualité comme Bandit Queen, Mangal
Pandey (sorti en 2004 avec Aamir Khan) et Rani Mukherji), Maqbool (adaptation
de MacBeth), et Saathiya (Vivek Oberoi, Rani Mukherji) dont elle m'a aussi
conseillé la vision, car c'est une histoire d'amour qui se passe
dans les trains de Bombay. Ils essayent toujours de tourner en dehors
des studios contrairement à Bhansali qui fait tout en studio. Elle
m'a passé les DVD de ces films et j'en ferai des comptes-rendus
ici après les avoir vus.
Je mets ici la deuxième séquence du film,
avec le portugais et le français. Dès lundi, j'aurai la
version quadrilingue du scénario et je pourrais commencer le casting
:
2. Int. Night. Adhiti’s room.
Adhiti is in her room, at her parents’ place. It’s a small
room, with a large window with view on a place. We can see the tramways
crossing it. It’s eleven in the evening. Adhiti is sewing and talks
to herself :
Não calcula como estou triste,
Vous ne pouvez pas savoir comme je suis triste,
Estou farta de chorar
je ne cesse de pleurer
nem mais terei a minha alegria que tinha antigamente !
et ne retrouverai jamais ma gaieté d’autrefois !
sinto-me tão infeli !
Je suis si malheureuse !
Se o Rajiv soubesse o que se passa comigo !…
Si vous saviez ce qui se passe en moi, Rajiv !…
Quantas vezes pareço alegre…
Si souvent j’ai l’air gai…
Mas sabe Deus o coração,
Mais Dieu connaît mon cœur,
É que junto de si não posso estar triste,
il se trouve qu’avec vous je ne puis être triste,
não tenho tempo para pensar senão duma coisa
je n’ai le temps de penser qu’à une seule chose,
e esqueço tudo o mais !…
et j’oublie tout le reste !…
Não sei ainda se lhe darei este bilhete,
Je ne sais pas encore si je vous remettrai ce billet,
penso em dar-lho e penso também o contrário,
je pense vous le donner et je pense le contraire,
só amanhã é que resolvo.
je déciderai demain seulement.
Era inutil pedir-mo !…
Ce sera inutile de me le demander !…
É meia-noite, vou descansar um pouco a cabeça, até
amanhã…
Il est minuit, je vais un peu me reposer l’esprit, à demain…
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Dimanche 5 février
22 : 54
J'ai regardé hier soir le film "Saathiya
(Companion)", avec Vivek
Oberoi et Rani
Mukherji. C'était le premier rôle de Vivek Oberoi dans
un gros film, et autant le dire, il n'est pas acteur, il n'a aucune crédibilité,
bien au contraire de Rani Mukerji dont la présence sauve les meubles.
Le parti-pris du film, c'est de présenter tous les aspects d'une
histoire d'amour : "In this film all stages of love are explored
- from the infatuation age, "when a couple thinks they are in love"
right throught to "when a couple discovers the true meaning of love".
En d'autres termes, Aditya et Suhani se marient sans le consentement de
leurs parents, lorsque ceux-ci l'apprennent, ils les expulsent de leurs
foyers respectifs, ils s'installent ensemble dans un appart... commence
alors la réalité de la relation, ils s'engueulent tout le
temps... enfin, le message est très classique... Le film n'a donc
pas grand chose pour lui à part son actrice et l'apparition surprise
dans les dernières séquences de Mr Shah
Rukh Khan et Tabbu.
Shah Rukh est un bon acteur, il est actuellement N°1... sa prestation
dans ce film est de qualité, sans ajouter à ce qu'il a déjà
fait auparavant...
Ce que j'en retiens, c'est surtout le fait qu'il est tourné en
décors naturels, dans Bombay. Rien à voir avec Bhansali,
ses paillettes et ses studios énormes. Saathyia est beaucoup plus
réaliste, rien n'est exagéré, il y a beaucoup de
scènes dans les trains locaux, (voir au dessus sur la page), dont
la potentialité n'a - à mon avis - pas été
utilisée. Au fond, ce qui m'intérresse le plus dans le cinéma
de Bollywoood, c'est l'artificialité, comme le pratique Bhansali.
Les scènes de danses dans Saathyia sont semblables à des
mauvais vidéoclips de variété qui passent sur MTV.
J'en ai visionné une partie avec Mohit, il adore ces scènes,
et il ne comprenait pas pourquoi je riais quand le couple court dans un
champ au milieu des montagnes Suisses et se prennet dans les bras... oui,
c'est ridicule pour un occidental. Chez Bhansali,
les sentiments sont plus mélodramatiques, et les danses ont au
moins le mérite d'être bien chorégraphié, enfin,
je trouve que le travail fournit est plutôt conséquent...
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lundi 6 février
21 : 32
Pas grand chose à souligner puisque j'ai passé
ma journée au lit, malade comme un chien ; ce que l'on appelle
"Loss Motions".... no comment.
La traductrice a dit qu'elle m'enverrait le script demain car elle avait
besoin d'un jour supplémentaire pour réviser la traduction.
J'espère qu'elle va l'envoyer demain, car les choses n'avancent
pas assez vite à mon goût.
J'étais en train de penser à la lassitude que me donnent
les films dont la structure scénaristique est trop évidente.
Je parle de la méthode américaine d'écriture de scénario
qui utilise multiples procédés pour émouvoir le spectateur.
Cette méthode est dite pour être largement dévelloppée
à partir de la mise en scène comme Hitchcock la concevait.
Elle a fait les beaux jours d'Hollywood et continue de sévir ici
en Inde, dans les grosses productions.
Lorsque un film se déroule selon ces ficelles scénaristiques,
elle sont souvent tellement voyantes, que le geste du réalisateur
poutr émouvoir l'audience en devient trop évident, ce qui
est bien souvent pathétique.
Depuis longtemps déjà, des auteurs ont défié
ces notions narratives qui en quelque sorte, rendent les émotions
manufacturées et privent le spectateur de sa liberté, en
lui imposant de l'adrénaline à tout va. Il y a un film qui
à mon sens incarne à merveille cette antinomie du cinéma
manufacturé. C'est le film "Un condamné à
mort s'est échappé" de Robert Bresson. Le film
commence avec un carton qui sur lequel est écrit en gros : "Je
livre cette histoire comme je l'ai trouvé : sans ornements ni sentiments
inutiles" (pardonnez moi l'approximation). Le film s'inspire du récit
que fit un prisonnier après s'être échappé
des mains des Allemands durant la seconde guerre mondiale. On connaît
bien les partis-pris de Bresson de ne jamais filmer la prison en plan
d'ensemble, de ne presque pas montrer les geoliers, d'avoir filmé
l'évasion comme un documentaire, en immergant le spectateur dans
la lenteur de l'action. Car les principales actions qui demeurent dans
la mémoire après le film sont : la tentative d'évasion
du début, sanctionnée par un coup de fusil dans le visage,
le lent démontage de la porte dans un artisanat proche de l'ouvrage
d'art (il n'y a là pas le droit à l'erreur "Je donne
chaque coup de pinceau comme s'il s'agissait du dernier" Bresson
citant Cézanne dans ses notes), et enfin le bricolage de la fin.
La première fois que je vis ce film, mon esprit n'était
pas habitué aux films dit lents, aussi sembla-t-il long, mais lorsque
arriva le moment de l'évasion, qui n'avait absolument rien de spectaculaire
ni rien de forcé, je senti monter en moi une émotion que
je n'avais jamais ressenti alors, plus profonde, plus subtile, moins directe,
moins facile à cerner. Bresson m'avait laissé libre intégralement
et je jouissais de cette liberté qui respecte l'esprit du spectateur
et lui laisse la plus haute place en exigeant de lui cette patience du
regard.
C'est pour cela que j'ai conçu Adhiti Singh à partir de
lettres d'amour, et que je n'ai pas crée de dramaturgie pour l'occasion.
Ces lettres ayant réellement été écrites,
je ne pouvais installer une narration manufacturée destinée
à tirer les larmes du spectateur avec des violons...
Certes, il m'a fallu trois mois, et dix versions du scénario avec
des quantités de changements pour en arriver à la plus simple
de toute : celle qui se contentait d'accompagner les lettres sans fioritures.
Dans cette version je n'étais quasiments plus présent, comme
si mon intervention se devait d'être invisible. Cette notion est
centrale et tous les partis-pris découlent de là. C'est
aussi pour cela que je sens ce film connecté avec l'univers d'Ozu.
On pourrait interpréter cette vision comme très proche du
T'chan (zen) ; il y a cette phrase de Suzuki Roshi qui me tient particulièrement
à coeur :
"Afin de ne laisser aucune trace, quand vous
agissez, vous devriez le faire de tout votre corps et de tout votre esprit,
vous concentrer sur ce que vous faites. Vous devriez le faire à
fond, comme un bon feu de joie. Vous ne devriez pas être un feu
qui fume. Vous devriez vous consumer totalement. Si vous ne vous consumez
pas totalement, une trace de vous-même restera dans votre activité.
Il vous restera quelque chose de non totalement consumé. L’activité
zen est l’activité totalement consumée, sans autre
reste que des cendres. Ceci est le but de notre pratique. C’est
ce que voulait exprimer Dogen en disant : « Les cendres ne redeviennent
pas du bois pour le feu. » La cendre est cendre. La cendre doit
être totalement cendre. Le bois doit être bois. Quand cette
activité-là se produit, une seule activité embrasse
tout."
Shunryu Suzuki, in « Esprit Zen, Esprit Neuf », 1970.
Ce rapport à la liberté m'a été
indiqué de manière si subtil par Danièle Huillet
et Jean-Marie Straub, lorsqu'ils ont monté leur film au Fresnoy.
Cela m'est apparut tellement fortement lorsque je leur ai montré
mes films dans la salle de projection. La première fois, il s'agissait
de Rajiv Kumar, le seul commentaire que j'entendis vint de Jean-Marie
: "Il y a un texte qui est ce qu'il est, des images qui ne sont ni
agressives ni irritantes...". En y repensant, je me dis qu'ils n'avaient
pas osé me dire leurs pensées de crainte de me blesser.
Plus tard, je confiais à Jean-Marie cette pensée, il me
dit " si je ne vous ai rien dis, c'est parce que j'ai aimé,
ça ne ressemble à rien qui existe". La fois suivante
je leur montrais "Diary of a Stranger" et je leur demandais
d'être critique sans m'épargner à l'issue de la projections.
Je leur dis que bien souvent on me reprochait le ton de la voix du personnage
masculin "Eugène" ; ils me dirent que c'était
ce qui était le plus réussi et que les gens n'aimaient pas
car c'était différent de la manière dont les acteurs
lisent en général ; il m'apparut encore une fois qu'ils
avaient aimé car "cela ne ressembleà rien qui existe...".
Je compris ce jour-là que la liberté n'est pas toujours
là où on l'attend ; elle exige une intransigeance vis-à-vis
de l'économie (je pense à l'oeuvre et à la vie de
ce couple de cinéastes dont on se demande comment il est possible
de créer avec une telle indépendance de pensée...
Peut-être un détail important, c'est que les Straub ne se
prennent pas pour des artistes mais pour des artisans, on comprend bien
cela quand on les voit monter sur CTM (banc de montage traditionnel pellicule)
; aussi, ils proposent cet atelier de montage comme pour indiquer une
technique de fabrication ; laisser aux jeunes cinéastes le temps
pour observer leur pratique sans leur imposer de pensée solide
et préconcue. Il me confièrent qu'ils n'aiment pas faire
partie des jurys ou juger des projets sur le papier. Combien d'auteurs
comme eux se permettraient se permettraient de juger ou d'imposer leurs
idées à de jeunes auteurs...
Pour des quantités d'autres raisons je leur dois une dette inestimable,
tant j'ai le sentiment d'avoir vu des subtilités à leur
contact.
Et puisque pour des raisons étranges, nous en
arrivons à ce passage de notre histoire, voici les mots du scénario
qui reviennent à mon esprit depuis ce matin, et qui sont de circonstance
:
3. Int. Day. Kumars Compagny Offices.
She arrives at the office and looks in Rajiv’s office, here’s
not there. She goes in her office and removes her coat. Mahendra enters
and gives her a letter. She reads :
São cerca de 4 horas da madrugada e acabo,
apezar de ter o corpo dorido e a pedir repousso,
Il est environ quatre heures du matin et, bien que mon corps entièrement
endolori ait besoin de repos,
De desistir definitivamente de dormir.
je viens de renoncer définitivement à dormir.
Ha trez noites que isto me acontece, mas a noite de hoje, então,
foi das mais horriveis que tenho passado em minha vida.
Il y a trois nuit que cela m’arrive mais cette nuit est l’une
des plus horribles que j’ai connu dans ma vie.
Depois, estar doente exactamente numa occasião em que tenho tanta
cousa urgente a fazer,
Il faut que je tombe malade exactement au moment où j’ai
tant de choses à faire.
Vês, meu Bébé adorado, qual o estado de esperito em
que tenho vivido estes dias,
Tu vois, mon Bébé adoré, dans quel état d’esprit
je vis ces jours-ci,
Estes dois ultimos diassobretudo ?
surtout ces deux derniers ?
E não imaginas as saudades doidas, as saudades constantes que de
ti tenho tido.
Et tu ne peux pas imaginer la façon folle dont tu me manques, le
manque constant que j’ai de toi.
Cada vez a tua ausencia, ainda que seja só de um dia para o outro,
me abate :
À chaque fois ton absence, ne serait-ce que du jour au lendemain,
m’abat :
Quanto mais não havia eu de sentir o não te ver, meu amo,
ha quasi três dias !
imagines ce que je peux ressentir sans te voir, mon amour, depuis bientôt
trois jours !
E então a esta hora da noite parece-me que estou num deserto ;
Alors à cette heure-ci de la nuit, j’ai l’impression
d’être dans le désert ;
Estou com sêde e não tenho quem me dê qualquer cousa
a tomar,
j’ai soif et je n’ai personne à qui demander à
boire ;
estou meio-doido com o isolamento em que me sinto e nem tenho quem ao
menos vele um pouco aqui enquanto eu tentasse dormir.
je deviens à moitié fou dans l’isolement où
je me trouve et je n’ai pas quelqu’un qui veille un peu sur
moi au cas où j’essayerais de dormir.
Estou cheio de frio,
J’ai très froid,
Vou estender-me na cama para fingir que repouso.
je vais m’étendre sur le lit pour essayer de me reposer.
Não sei quando te mandarei esta carta ou se acrescentarei ainda
mais alguma cousa.
Je ne sais pas quand je te ferai parvenir cette lettre ni si j’y
ajouterai quelque chose d’autre.
Ai, meu amor, meu Bébé, minha bonequinha, quem te tivesse
aqui !
Ah ! mon amour, mon Bébé, ma petite poupée, si tu
pouvais être ici !
Muitos, muitos, muitos, muitos, muitos beijos do teu, sempre teu
Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de baisers à toi
de ton toujours tien,
Rajiv.
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Mardi 7 février
12 : 41
Déjà une semaine que nous somme en février.
J'attends toujours la traduction d'une minute à l'autre. Je suis
dans un état encore un peu fiévreux. Je me suis blindé
de médicaments ce matin pour stopper les loss motions. Hier soir,
n'arrivant pas à trouver le sommeil, j'ai regardé le film
"Mangal Pandey" avec Aamir Khan et Rani Mukerji. Le film est
très mauvais, et très manichéen. Le sujet est la
première insurrection pour l'indépendance de l'Inde en 1857.
On comprend donc que le film s'est monté sur le postulat démagogique
de dénoncer la colonisation, l'East India Compagny, la société
anglaise qui dirigeait le pays. On sait en occident les atrocités
qu'ont pu commettre les européens lors des différentes colonisations,
on en parle pas trop cependant ; les indiens eux n'y vont pas de main
morte, et ce film est presque une façon d'exiger un peu de justice
pour les souffrances passées. Je dois avouer que le film m'a mis
mal à l'aise, et je comprends parfois le mépris que peuvent
éprouver les indiens pour le "Sahib", l'homme blanc qui
les a maltraités durant deux siècles. Mangal Pandey inspira
Gandhi quand en 1947 l'Inde obtint l'indépendance.
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Mercredi 8 février
00 : 41
J'ai enfin reçu la traduction en milieu d'après
midi. Nous ne nous sommes pas compris au téléphone, aussi
n'a-telle pas traduit en anglais, à ma grande déception,
je vais devoir me débrouiller pour le faire ici. Je me suis senti
mieux aujourd'hui, regagnant peu à peu des forces, après
cette violente gastro d'hier.
J'ai rencontré ce soir Anand Parashar, un production manager, ami
de Noumi.

Il m'a parut autant sympathique que Noumi, et chose amusante,il
revenait de la Sagar Film City de Baroda, où il a travaillé
sur une série télé des Sagar ; je connais cette famille
car j'ai passé en 2003 dix jours sur le tournage de la série
télé "Hatim Tai".
Anand va m'aider pour le cast. Chose étrange et peut-être
logique, les gens cliquent beaucoup plus sur le rôle d'Adhiti que
Rajiv. Il m'a dit sous forme de joke qu'il allait proposer le rôle
à Rani Mukerji. Car en fait je la prends comme exemple à
cause de sa voix qui est très particulière et de son tempérament.
Elle est en ce moment l'actrice la plus importante de Bollywood, sans
avoir la beauté ou le physique d'Ashwaria Rai. Personne n'aurait
misé sur elle il y a cinq ans. Je crois que son tempérament
est original, elle est vive, dégage un sentiment d'intransigeance
et paradoxalement, elle est amusante. Sa voix est instantanément
identifiable, aigue et légèrement enrouée, claire
et rapide. Aussi, j'essaye de trouver des exemples d'acteurs et d'actrices
dans les films indiens de manière à préciser mon
choix et le tempérament de Rani me semble être proche de
celui d'Adhiti.
Le nom Adhiti Singh est maintenant écrit partout,
mais je vais devoir changer. Pour la simple raison qu'Adhiti s'écrit
avec un h dans le sud, car dans le nord, le Penjab, d'où vient
mon personnage, cela s'écrit comme cela "Aditi", d'ailleurs
la traductrice a mis quelques mots de Ourdou dans la traduction pour marquer
son appartenance. Le problème que j'ai constaté, c'est que
plusieurs personnes en France croyaient qu'Adhiti était un nom
masculin. Si en plus je dois enlever le h, toute l'harmonie que j'avais
trouvée ne marche plus : "Aditi Singh" ne marche pas...
Et pour le Singh, c'est le nom des Sikhs, qui ne prient pas dans le mêmes
temples que les hindus, or je voulais que mon personnage soir hindu...
Aussi je vais étudier les prénomns et les noms et leurs
sens pour trouver un nouveau nom pour le personnage et donc un nouveau
titre pour le film. Mohit m'a dit que Aditi veut dire "being free,
not bounded"...
Voici donc la séquence suivante avec l'hindi,
je suis vraiment excitéà l'idée de commencer les
lectures :
4. Int. Night. Rajiv’s appartement.
Rajiv is in his office, smoking a cigarette. Mahendra enters and gives
him a letter. Rajiv gives him a bill and asks him to wait. Mahendra sits
and waits. Rajiv reads in a low voice :
Vens amanhã esperar-me à saída
do escrotório Kumar ?
Tu viendras m’attendre demain, à la sortie du bureau ?
Tum mujh se Kumar office ke bahar milne aaoge ?
(Obrigado), mas vê onde te colocas
Alors, fais attention à l’endroit où tu vas te poster,
Tum kahan mera inztezaar karoge is baat ka khayaal rakhna ,
E não te dirijas logo a mim,
et ne t’adresse pas tout de suite à moi,
mujh se milne kee jaldi mat karna,
porque o meu ex-namorado jà descobriu onde é o escritório,
parce que mon ancien amoureux a appris où se trouve le bureau,
kyonki mere ex-boyfriend ko pata chal gaya hai ki office kahan hai
e ia dizer para eu sair eram 5h
et il est venu dire que je devais sortir alors qu’il n’était
que cinq heures,
aur woh mujhe office se paanch baje hee nikalne ke liye kehne aaya tha,
diz que ia em nome da minha irmã, mas é mentira.
il a dit qu’il venait de la part de ma sœur, mais c’est
un mensonge.
Usne mujh se kaha kee(qui) woh meri behen ke kehne par aaya tha par yeh
jhooth hai.
Se foste arranjaste um bom serviço,
Il ne me lâche plus d’une semelle,
porque agora não me larga a porta
kyonki ab woh mujhe darwaza bhi nahi kholne deta
aujourd’hui même il s’est adressé à moi
à Colaba,
jà hoje se dirigiu a mim no Colaba e esperou por mim, que
aaj woh mujhe Colaba mein mera intezaar karte mila tha aur yeh
chahta tha ki eu almoçasse e seguiu-me até aí ao
escritorio (calcula tu que maçada,)
il m’a attendue, il voulait que je déjeune avec lui et il
m’a suivie jusqu’au bureau,
mein uske saath khaana khane chalun,(soch sakte ho mujhe kitna bura laga
!)aur usne office tak mera peechha kiya,
diz que só quer ver a pessoa que é por mim preferida,
il dit qu’il veut seulement voir la personne que je préfères,
keh raha tha ki woh usé sirf dekhna chahta hai jisé mein
pasand karti hoon,
maz diz com um tom de ameaça que eu não gosto nada e ele
é meio maluco e então é preciso cuidado.
mais il le dit sur un ton de menace qui ne me plaît pas du tout,
et d’ailleurs, il est à moitié fou, il faut être
prudent.
Lekin usne aisé dhamki bhare andaaz mein kaha ki mujhe achha nahin
laga, woh pagal hai isliye us se savdhaan rehna chahiye,
Eu já não posso escrever mais antes que queira
Je ne peux plus écrire même si j’en ai envie,
Mere chahné ke bavzood mein aur nahi likh sakti,
Porque é 1 hora e meia e o meu pai está ralhando para eu
me deitar.
car il est une heure et demie et mon père grommelle que je dois
me coucher.
Kyonki dedh baj raha hai aur méré papa mujhé sone
ké liye kah rahé hein.
Eu não fiz cinfidêndias a minha irmã ela é
que me roubou o meu segredo…
Je n’ai pas fait de confidence à ma sœur, c’est
elle qui m’a volé mon secret…
Meine apni behan ko kuch nahi bataya, usi né mera secret chura
liya
He leaves the letter and starts to write slowly.
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Jeudi 9 février
04 : 45
Trop d'idées et de pensées circulent dans
mon esprit m'empêchent de trouver le sommeil une fois de plus le
ventilateur semble balayer mes pensées mais trop vite impossible
de le régler plus lentement. La journée est passée
si vite ; j'ai été chez Veeru avec l'ordinateur pour leur
montrer la traduction.
Sa femme, Samta Sagar est poète, ils ont trouvé la traduction
de très mauvaise qualité. Aujourd'hui, Veeru doit passer
pour récupérer deux copies du scénario, ils vont
tous les deux travailler sur l'hindi de manière à donner
plus de force à la version hindi. Ensuite je leur ai montré
Diary of a Stranger, qu'ils ont beaucoup aimé. Une chose
curieuse, les indiens, je le sens, vont préférer Diary
of a Stranger à Rajiv Kumar, alors qu'en France,
c'est l'inverse. Simplement parce qu'il est inhabituel pour eux, par sa
forme déconstruite, sa narration inexistante, ses peintures occidentales,
et ce ton résolument occidental qui est ici exotique comme la voix
de Rajiv Kumar l'est en France.
Je n'ai pas compris pourquoi entre les deux films, Veeru a décidé
de sortir pour aller s'acheter un pan, comme un rituel inévitable.
Je l'ai donc accompagné, il était très enthousiasmé
d'avoir vu le film et soulevait pleins de sujets. Le pan, est une chose
très étrange, on en trouve dans la rue, un type tient un
stand avec des feuilles de je ne sais quel arbre qui trempent dans l'eau,
lorsqu'on lui commande un pan, il pose la feuille sur un papier journal
et commence à la peindre avec une sauce mauve/marron, puis il ajoute
des épices, de celles que l'on trouve ici à macher, constituées
en petites pépites de bois qui dégagent un goût au
contact de la chaleur de la bouche. Une fois les épices rassemblées,
il enroule la feuille et la fixe dans un bout de papier si le pan est
à emporter, sinon on le met dans la bouche d'un trait, comme un
sushi. Le pan est fait pour facilier la digestion, c'est peut-être
pour cela que Veeru en a eu un besoin impérieux. On garde les pépites
dans la bouche et de temps en temps on crache des morceaux que l'on a
pas mâché.
Après les films, ils ont insisté pour voir des photos de
ma famille, je leur ai aussi montré des photos de Paris, des vues
prises depuis une tour de la Défense, du 28ème étage.

Ensuite, Pankaj est passé. Nous avons réviser
ensemble les didascalies en anglais et donné du sens par rapport
au contexte indien. Je lui ai dis que je ne sais pas encore qui je vais
choisir comme chef op, et que j'avais peur qu'il soit trop "opinion
minded", la dernière fois je le lui avait sous-entendu en
lui disant qu'il ferait mieux d'être réalisateur que chef
opérateur. Cela fait plusieurs chefs op que je rencontre qui ont
tendance à devenir les réalisateurs. Souvent, quand je propose
une idée, il ne semble pas approuver la pertinence, du coup, j'ai
le sentiment qu'il n'aime pas l'univers que je lui propose, bien que toutes
les références que je lui donne lui sont familières,
ce qui est le meilleur aspect de notre relation. Son mentor est Tarkovski...
il a même vu "La roulette chinoise" de Fassbinder.
Mon point de référence pour le cher opérateur avec
lequel j'ai vraiment aimé travailler, c'est Nicolas Pierratini,
sur Diary of a Stranger, à San Francisco. En fait, toute l'équipe
avait vraiment une attitude exemplaire et le tournage s'est déroulé
dans une ambiance idéale. Nicolas abordait toujours mes propositions
avec ouverture, sans passer par un filtre intellectuel, qui parfois sert
juste à montrer que l'on est intelligent. Il proposait toujours
à les enrichir, au lieu de les contrer. De cette manière,
nous ne nous heurtions jamais, et il naissait toujours une magie lors
des prises de vue. Je regrette vraiment de ne plus pouvoir tourner avec
lui.
A minuit trente est arrivé Dhiraj avec l'impression du scénario
qu'il n'a pas eu le temps de lire. Il m'a dit d'emblée qu'il fallait
qu'il y ait plus d'action, car 90 % du scénario consiste en dialogues.
Je lui ai dis que cela n'était pas un projet dans les standards
de l'industrie. Quand il vient me voir, il a 15 heures de travail dans
les pattes avec le meilleur réalisateur indien. Aussi, je comprend
qu'il aborde le projet de la même manière. Je lui ai parlé
de Rani Mukerji pour lui décrire le rôle, il m'a dit qu'il
était avec elle une heure avant, et a ajouté (je me permet
de la mettre car c'est en francais) "she's not a good human being,
she manipulates people...". L'adjectif qui convient en anglais pour
sa voix est Husky voice.
Il va m'envoyer demain une fille à qui il a demandé
d'être mon assistante et Nimish, le producteur exécutif que
j'attends depuis mon arrivée. Et apparement les jours suivants,
des acteurs et actrices. Nous allons faire des feuilles avec les requirements,
il m'a conseillé d'aller voir des gens comme Nitin Desai ou Puja
Bedi avec ces feuilles de requirements "what you need". Il a
lu la première séquenc et m'a dit que la traduction était
du vieil hindi, que plus personne ne parle comme ça. Je ne comprend
pas la langue de mon film et je ne sais pas quoi penser de cette traduction,
car les lettres de Pessoa sont en portugais ancien car elles datent de
1920.
Il est parti rapidement pour aller vers un autre RDV, dehors l'attendait
un jeune chaffeur de ricksahw qu'il m'a dit avoir loué pour deux
heures.
A une heure et demi sont arrivés deux compatriotes
de France, Frédéric et Pierre, du Fresnoy, que j'ai eu plaisir
à retrouver, et le premier sentiment de se voir dans de telles
conditions était étrange. Nous avons parlé longuement
de cinéma indien, je leur ai parlé du projet en détail,
et montré les médicaments
ayurvédics que l'on trouve ici, médecine indienne à
base de plantes, sans effets secondaires, et qui marche plutôt bien
(j'en fais une cure!). La dernière fois, j'ai dévalisé
la boutique Himalaya, car ces médicaments sont rares et coûtent
beaucoup plus cher en France.
En fait, en revenant de chez Veeru, j'ai eu un malaise,
je ne sais pas ce qui se passait, mais mes jambes tremblaient et je ne
trouvais plus mes mots. J'avais à des moments l'impression que
j'allais tomber ou que j'allais avoir une crise de quelque chose. Souvent
je pense que je vais mourir, et que je vis mon dernier jour ; pour peu
de choses et beaucoup de pressentiments. La nuit dernière, des
esprits ont dérangé mon sommeil, comme à chaque fois,
je ne sais pas pourquoi, j'ai récité inconsciement des mantras
en sanscrit. Les esprits essayent de prendre mon corps, pour résister
je me réveille, et souvent je ne veux plus me rendormir tant la
sensation était terrible ; horrifiante, claustrophobique. Cette
fois, j'avais vraiment envie de dormir, alors j'ai cherché le juste
milieu entre le demi-sommeil et l'état d'éveil. Cela m'arrivait
souvent à Paris, quand je vivais dans cette grande maison dans
une impasse du vingtième ; il y a une chambe aux murs bleus, et
j'ai fait là les rêves les plus horribles. Toutes les personnes
qui sont venues dans cette maison ont fait des cauchemars en dormant dans
cette pièce. D'après les différents témoignages
que j'ai pu entendre, il semble que les esprits se cantonnent à
la même pièce, à un même espace. Cela se retrouve
notamment dans le récit de Eugène Green sur les fantômes
du Fresnoy, finalisé en émission de radio.
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Vendredi 10 février
11 : 39
La journée d'hier a été l'une des
plus éprouvantes. Rencontre chez moi avec trois personnes. J'ai
pris une chambre grande pour pouvoir m'en servir comme bureau pour les
castings, répétitions, RDV...
Hier, à 14 : 30 est arrivée Vandita une actrice indiquée
par Pankaj après que je lui ai fais la descritpion d'Adhiti.

Vandita a joué surtout dans des pubs, notamment
une avec Aamir Khan où elle joue bien. Quand elle est arrivée,
j'ai été agréablement surpris car elle était
très proche de la description que j'en avais faite à Pankaj
; en plus elle avait l'air intelligente. Aussi, son habit jaune et bleu
ressemblait au travail que je compte faire sur les costumes. Fernando
et Ofélia sont nées respectivement un 13 et un 14 juin,
et Vandita est née le 12, sous le signe du gémaux.
"Fernando commentait : "heureusement que
nous ne sommes pas nés le même jour, parce que les couples
qui fêtent leur anniversaire le même jour ne sont pas heureux."
Il alla jusqu'à citer le cas du roi Don Carlos et de la reine dona
Amélia.
Fernando était extrêment réservé. Il parlait
très peu de sa vie intime ; il n'avait même pas ce qu'on
peut appeller un ami intime (à cette époque, Mario de Sa
Carneiro était déjà mort (grand poète
portugais, ami de Pessoa, suicidé à Paris à l'âge
de 26 ans)) et il existe même une lettre dans laquelle il me
dit : "il n'y a personne qui sache si je t'aime ou non, parce que
je n'ai fait de personne le confident de cette histoire."
In Lettres à la fiancée, "Fernando et moi"
par Ofélia Queiroz, Ed. Payot et Rivages, Paris, 1989
Ensuite est arrivée Bhavini Bheda, envoyée
par Dhiraj pour être mon assistante.

Elle portait un habit penjabi (salwar kameez) comme Vandita,
qui n'est pas un sari, car on n'en porte plus à Mumbai. Bhavini
m'a semblé très professionnelle, elle semble être
une bonne assistante, et en plus, elle est attentive à mes explications.
Alors qu'elle était en train de lire le script, est arrivé
Swapnil, avec des documents à la main. La première chose
qu'il m'a dit c'est "I'm a movie director", il m'a ensuite montré
les documents qu'il avait dont un qui m'a beaucoup amusé, un certificat
attestant qu'il a fait un workshop de "direction" avec un type
de Hollywood. Je lui ai demandé la durée du workshop, il
m'a répondu 3 days, "but it was very intense". Il avait
aussi amené son film "made for the asian film festival".
Nous l'avons regardé sur l'ordinateur, d'abord, le générique
dure une minute trente, comme pour un long-métrage, son nom apparaît
deux fois genre au début "a film by", puis "a film
directed by" à la fin, comme Howard Hawks. Film tourné
en DV sans grand interêt qu'il voulait me montrer les décors
qui pourraient me sevir. Le personnage porte une perruque, je lui ai dis
qu'il devrait faire une scène chantée où le personnage
ôte sa perruque en se présentant à la fille et qu'elle
lui fasse un bisous sur le crâne...
Ensuite Vandita est revenue pour voir mes films et faire
des lectures. Je me suis retrouvé avec trois RDV à gérer
en même temps, aussi je jonglais quand un regardais un film, que
l'autre lisait le script, je parlais avec le troisième...
Bhavini s'est site interressé pour travailler sur le projet à
condition d'être défrayée, ce qui va de soi. Swapil
semblait attendre à être payé, sans vraiment savoir
ce qu'il allait faire, il m'a dit "I'm a movie director, I can do
everything", et lorsque Vandita lui a demané 'did you make
this movie?" il a répondu "I'm a movie director".
Tout cela m'a beaucoup amusé. Vandita m'a dit qu'elle aurait besoin
de lire le script avant de me dire si elle était interressé.
Pressentant qu'il me serait peut-être difficile de trouver une actrice
plus proche du rôle, j'ai du sortir l'arsenal intellectuel pour
la convaincre que ce film était le meilleur film jamais réalisé
en Inde ! Je lui ai montré des séquences de Bonjour
de Ozu, et de Pickpocket de Bresson ; je crois que tout cela
a marché car à la fin, elle m'a dit qu'elle était
interressée.
Entre deux, nous avons fait des lectures en hindi. La traduction étant
tellement mauvaise qu'elle a fait des lectures bien meilleures en anglais
; cela était aussi certainement du au fait qu'elle été
dans une école anglaise, comme tous les enfants de bonne famille
en Inde. Finalement à l'issue des lectures, c'est moi qui était
un peu déçu. Il y a aussi chez elle un côté
épais dans le sourire, un manque de finesse, qui ne va pas avec
le rôle bien qu'elle ait exactement le tempérament que j'ai
vu chez Rani Mukerji. Elle doit normalement repasser aujourd'hui, je lui
ferai encore faire des lectures. Ell
Enfin, à onze heures est passé Nimish, Producteur exécutif
en devenir, ancien étudiant en montage du FTI. Très sympa,
efficace, il est allé droit au but. Il part le 21 dans le Bihar
our 35 jours pour tourner un long-métrage. Il m'a fait des listes
de ce que devaient contenir le "breakdown" qui je crois correspond
au dépouillement en France. Il beaucoup de contacts et m'en a laissé
quelques uns, dont Yogendra Singh, un directeur de casting. A la fin,
il m'a dit qu'on pouvait aussi essayer d'avoir des acteurs connus, des
gens comme Aamir Khan sont prêt à s'investir sur ce genre
de projet. Il m'a dit que le fait que ce projet est international peut
attirer beaucoup de monde. Cela m'a rassuré, bien que c'est vrai
que de monde il ne manque pas pour l'instant. Si tout se passe ainsi,
je pourrais reprendre des scènes que j'avais enlevé de la
version précédente (celle d'avant le budget) qui comprenait
dix acteurs...).
17 : 35
Je viens de prendre la décision de tourner tous
les intérieurs dans les studios de Nitin Desai. Nous allons pouvoir
ainsi travailler avec un maximum de contrôle et des conditions optimales...
J'avais RDV ce matin avec Swapnil à 11h pour que nous déjeunions
ensemble, il m'a fait attendre toute l'après midi en retardant
heure après heure ; j'ai vraiment l'impression qu'il se fout de
moi et je vais le remettre en place, je lui ai déjà fait
comprendre au téléphone. Par ailleurs, Bhavini a trouvé
du travail pour trois jours et n'a donc pas pu venir, elle va m'envoyer
une liste de lieux de tournage à visiter. Mohit se bouge bien,
il au moins disponible.
Nitin Desai a nommé une fille du nom de Rujuta pour qu'elle prenne
en main le projet. J'espère qu'elle va me rappeller pour que nous
nous voyons et entrons dans le détail des décors. En tournant
en studio, j'ai l'impression d'être dans le fantasme de Bollywood,
la machine à rêves.
Ce soir, Frédéric et Pierre reviennent de Pune, Mohit leur
a trouvé un hôtel en bord de mer, à Juhu, comme ils
vont pouvoir se reposer. Mohit devient efficace, je lui ai demandé
d'aider à organiser les castings et mes RDV.
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Samedi 11 février
12 : 00
Hier, j'ai attendu ce Swapnil toute la journée
; il m'a rappellé ce matin et dit qu'il arrivait. J'étais
vraiment en colère contre lui...
Alors j'ai réussi à voir Bhavini qui sortait de son travail
qui se trouve juste à côté (en fait, tout le travail
dans le cinéma se trouve à côté). Elle m'a
rassuré, je suis content qu'elle soit mon assistante car elle est
précise et motivée. Elle est venue voir Dhiraj pour savoir
s'ils avaient du travail pour elle sur le prochain film de Bhansali (qui
est en ce moment le réalisateur N°1 en Inde), Dhiraj lui a
dit qu'il n'avait pas de place dans son équipe, mais qu'il y avait
ce projet de film francais... en fait, elle a quitté son travail
avec Ram Gopal Varma, pour pouvoir bosser sur "Aditi Singh"...
Elle m'a rassuré en me disant que pour le film long de Ram Gopal
Varma, ils n'avaient les décors que pour les cinq premiers jours
de tournage alors qu'il y a en avait quarante.
L'Inde fonctionne comme ça, j'avais déjà entendu
des histoires similaires avec les scénarios, qui sont écrits
parfois quelques jours à l'avance. Ici, tout peut se passer au
dernier moment.
Nitin m'a dit que pour le décor de la dernière chanson de
Devdas (le décor en rouge, avec Ash et Madhurai Dixit),
il a mis six jours pour le construire ; pour Mangal Pandey, il a reconstitué
une rue en trois jours. Et ce qui est incroyable, c'est que son studio
est un simple terrain, il peut construire des décors immenses en
extérieur, car il n'y a pas de risque de pluie...
Nous avons fixé des dates, ce qui me rassure. Nous allons visiter
des décors mardi et mercredi et jeudi nous ferons les auditions
des acteurs.
Ce matin, à peine réveillé le téléphone
commence à sonner sans arrêt, je n'ai pas le temps de me
raser... Mohit m'appelle pour me parler d'une 'little important thing',
il me dit que Rani Mukerji n'a pas de travail pour un mois et demi, car
Amitab Bacchan est malade. Ash travaille sur des projets internationaux,
Rani est en ce moment l'actrice N°1, elle peut donc être intérressée
par ce projet, qui est international. Il me dit de n'en parler à
personne, complètement excité. Il est efficace mais il a
le défaut de parler à deux cents à l'heure le plus
souvent pour rien, ce qui m'agace. Je vais en parler à Dhiraj ce
soir, puisqu'elle joue dans le prochain film de Bhansali.
Hier soir, j'ai dîné avec Frédéric
et Pierre qui revenaient de Pune assez contents d'avoir rencontré
le directeur du National Film Archive et vu les films de Mani Kaul, entre
Bresson, Pasolini et Paradjanov.
Nous leur avons trouvé un hôtel en bord de mer, après
le repas nous avons pu aller marcher sur la plage.
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Mardi 14 février
22 : 45
Que de RDV, de rencontres, de tensions, de difficultés,
de tempêtes psychologiques.
Il faut constamment lutter pour arriver à avancer.
Le film commence à prendre corps ; j'ai choisi
Pankaj comme Chef opérateur. Nous avons eu hier soir une discussion
passionante sur Ozu et Godard, et nous tombons souvent d'accord.
Ce matin j'ai été au bureau de Nitin Desai, et ses assistants
vont prendre en charge les décors/accessoires (production design)
; ils vont aussi nous aider à trouver des décors et tout
cela par amitié.
Après être arrivé dimanche au plus bas de la vague,
je me suis levé hier en réalisant que de toute manière
cela allait marcher, il ne sert donc à rien de s'inquiéter,
et de faire de la négativité de la négativité
de la négativité...
Tout va bien, et la journée d'hier a été excellente.
tout le monde était à l'heure, l'ambiance était vraiment
amicale. J'ai aussi réalisé que le tournage devait se baser
sur un principe d'amitié, car notre façon de travailler
n'a rien à voir avec les canons de l'industrie, dont le travail
correspond à des standards et des habitudes fondées sur
des fins - on le sait - mercantiles. Aussi, j'ai réalisé
que les gens qui s'investissent sur le tournage ne doivent pas attendre
les mêmes conditions que celles de l'industrie. Mohit qui est vraiment
ultra-motivé l'a bien compris et ne cesse de me questionner sur
ma façon de travailler. Sa copine est l'associée de Bhansali,
et il en veut, car il veut rattrapper son retard professionnel sur elle.
Je vais le faire assistant réalisateur car il est vraiment motivé.
Sa copine, Shalu, va lui expliquer comment faire le breakdown et il va
le faire demain.

J'enchaîne les auditions par à-coups.
Hier j'ai auditionné Moulli, une amie de Samta, la femme de Veeru
qui travail sur le texte.Moulli est vraiment vivante, elle a presque la
même voix que Rani Mukerji, et a joué avec Ajay Devgan dans
le dernier Rituparno Gosh, cinéaste indépendant Bengali.
Veeru et Samta sont vraiment sympa avec moi et me soutiennent inconditionnlement,
ils sont des amis. Samta a trouvé des livres de Pessoa qu'elle
va commander.



Hier est venu un acteur de Jaipur qui a étudié dans la même
université que mon grand ami Bhoomesh, il connaît aussi Aalok
et Sabir, il s'appelle Nitin Goswami. C'est un ami de Dhiraj et Dhiraj
a pensé à lui en voyant deux photos de Pessoa, une lorsqu'il
a douze et l'autre lorsqu'il a vingt ans.


Sa lecture était correcte, mais je ne crois pas
qu'il ait le langage corporel correspondant...
Ce matin en revenant des bureaux de Nitin Desai, j'ai
bien aimé le sari orange que portait cette fille.





Petit retour rapide sur la journée de samedi.
Swapnil qui m'a mis un vent toute la journée de vendredi est arrivé
avec un énorme 4x4 pour m'emener visiter des appartements des amis
à lui avec qui nous pourrons tourner gratuitement. Voici donc les
personnage que j'ai décrit plus haut.

Nous avons vu deux appartements. Il y avait un type dont
j'ai oublié le nom et qui est "Osho Sanyasi", un disciple
de Osho, renoncant ; il vit en faisant de l'astrologie. Il pratique le
tantra. Je l'ai pris en phot en train de faire une lecture des mains à
Swapnil.

Nous sommes ensuite allés chez le sanyasi. Voici
la photo de son maître Osho.

Et son horloge en forme de yantra tantrique.

Enfin, le sanyasi/astrologue/chiromancien appellé
un ami à lui écrivain engagé pour lui demander s'il
était intérressé par me rencontrer. J'ai immédiatement
senti quelque chose de très fort dans sa présence et j'ai
pensé que pour jouer Rajiv, un écrivain serait la meilleure
personne. Un acteur n'est pas un écrivain...
Nous sommes ensuite allés chez lui, Vijay Pundith, il a conçu
son intérieur comme une scène de théatre. C'est un
intérieur typique d'artiste de Bombay, et je vais m'en inspirer
pour l'appartement de Rajiv. Les photos ci-dessous sont celles que j'ai
envoyé aux décorateurs cet après-midi. Ce que j'ai
aimé, c'est qu'il n'essaye pas d'avoir quelque chose. Il rit beaucoup
aussi.

La vue d'ensemble, je pense utiliser des tapis au sol
pour filmer à la hauteur des yeux quand on est assis, comme Ozu.

Les lumières du plafond.


On voit ici, les statues exotiques qui meublent qu'aiment
les artistes indiens dans leurs intérieurs. Nous avons pensé
en parlant avec Pankaj qu'il faudrait mixer avec des peintures occidentales,
j'ai avancé les noms de Kandinsky, Matisse et Cézanne.




Voici enfin un autre plan dont je me sers comme exemple
pour les plans fixes que je veux introduire entre chaque séquence
de lettres. Ces plans sont destinés à donner de l'espace
au spectateur. Ils ne contiendront pas d'acteurs.

Sabir Khan (Rajiv Kumar) m'a envoyé un commentaire
sur la première traduction du scénario qui circule actuellement.
Je le met ici, car au fond, Rajiv Pereira, c'est un peu Rajiv Kumar jeune
:
Dear Michael,I read the script, once I found that
some places the dialogues are poor and Bambaya commercial Film Style,
which looses the dignity of the character and the relationship,
Especially the Rajeev can not uses that kind of language, because he his
elder and matured person than Aditi. Aditi’s infatuation toward
Rajeev I think it is psychological
Natural attraction of opposite sex like OEDIPUS COMPLEX, like doughter
love more her father than mother, and son love his father than mother,
I found this is the main attraction or motivation of her love to Rajeev,
instead of her boy friend who is the in same age group of Aditi, so at
least Rajeev should behave and love her according what he is, Its my impression
I don’t know what you have imagined and interpret this relationship
or love , but development is good, and I think Train scenes will be costly,
and problematic, in Bombay.
1st to 4th March I have the Seminar and consultation program here in Jaipur
and its already fixed two months back. So tell me , your final schedule.
Have you met to Noumi , he was in Jaipur last week and I think now he
should be in Bombay. Mail me again your views I will read again the script,
this time my computer printer is not working even than I will read it
again.
Sabir Khan
Il est 23 : 37 et demain je me lève encore à
6 h pour faire des repérages dans le sud de Mumbai après
quoi enchaîneront cinq ou six RDV étalés sur la journée....
à suivre.
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