FÉVRIER

 

 

 

ADITI SINGH

 

 

 

Mercredi 1er Février 2006

16 : 25

Je n'ai dormi que 4 heures, car j'étais sur le tournage de Anand Gandhi sur lequel travaille Pankaj. J'ai fait un rôle figuration, rencontré un jeune réalisateur et régisseur ; le tournage était plutôr bordélique et m'a rentrer bien tard... 6 heures. A 11h, Ram a tambouriné à ma porte tellement fort qu'il a réussi à me réveiller. Je suis parti en rickshaw pour Mulund où se trouve le bureau de Nitin Desai. Après une heure de trajet, je suis arrivé. Son bureau est dans un immeuble classique pour l'Inde. Il m'a reçu directement. Il était en train de finir un RDV et j'en ai profité pour observer le bureau. Il y avait tous les award, sur la gauche, des films pour lesquelles il a fait les décors, qui ont reçu des prix nationaux : Devdas, Hum Dil de Chuke Sanam, Lagaan... des films que je conseille.
Il m'a dit "What are your requirements?", nous avons donc parlé des décors du film, il m'a montré un bureau moderne avec plein de vitres, un "Bunglow", c'est à dire une maison, qui peut s'avérer intéressante pour les intérieurs. Pour le train, il a un rail qui sert à filmer les paysages, et un compartiment en studio avec lequel on peut faire une incrustation par le biais d'un écran bleu. J'ai demandé si on pouvait projeter directement. Je sais que cela se voit, mais cela me fascine, les projections de paysages dans les films de Hitchcock. En plus, puisque je vais monter sur CTM (table de montage pellicule) je ne pourrais pas avoir d'effets spéciaux.
Il m'a proposé de m'arranger le chef opérateur du film "Swades", qui est un senior ; s'il lui demande il pourra accepter pour un petit budget. Il m'a aussi proposé d'utiliser une rue de Bombay qu'il va recréer les 8-9-10 février.
Sur le trajet du retour, je n'ai fais que revoir le cadre du film en le pensant en studio. Je pensais à "Whity", de Fassbinder. Il a réussi à détourner un décor de Sergio Leone à ses propres fins. Je me disais que cela serait vraiment amusant d'utiliser ces décors Bollywoodiens avec des dialogues très littéraires, empruntés à l'Europe, à l'Ouest.

De retour à Andheri, j'ai appellé Dhiraj que je dois voir ce soir, il m'a déconseillé d'interagir avec Vinod, "he's a B-Grade, C-Grade, director... do not interact with him... he's a sexoholic..."

 

Jeudi 2 février

21 : 46

Journée pleine.
11h. RDV avec Patrick Deyvant, directeur de l'Alliance Française de Bombay.
Je me suis rendu à Marine Lines en train local, classe II.


Il a beaucoup aimé le projet et donne son soutien. I, c'est vraiment quelqu'un de sympathique. Il m'a présenté Jean-Baptiste Haquette, directeur de la Maison Folie de Moulins. JB était en Inde pour son dernier jour. Il s'occuppe de la programmation pour Lille 3000, prépare des installations. Il m'a parlé des prises de vue en rickshaw, et j'ai directement cliqué car j'en ai déjà fait plusieurs. Je lui ai parlé de l'installation 'the blinking editor' que j'avais présenté en 2003 à Oakland. Il a directement rebondi dessus. Nous sommes ensemble allés voir Krsna Mehta, un jeune designer qui dirige la société Zeba, qui a même une boutique à New York. Il n'a rien à voir avec le cliché de l'indien. C'est un jeune à la peau clair, la tête rasée, et des lentilles qui rendent ses yeux bleus. Il a étudié en occident et il est revenu en Inde. Son travail rend compte de l'exotisme avec une forme et des procédés modernes.

Il y avait des coussins de partout et la première envie que l'on avait était de se jeter dessus.

De retour à Andheri, j'ai enfin eu par le biais de l'Institut Camoes de New delhi, le contact d'une traductrice qui parle Hindi, Francais et Anglais. J'attends de connaître ses tarifs, elle m'a dit pouvoir faire la traduction pour lundi, après quoi les choses sérieuses vont enfin pouvoir commencer...

 

Vendredi 3 février

4 : 24

Je pense beaucoup à la question des décors. Demain, je vais visiter les studios de Nitin Desai.
L'idée de tourner à Goa ne s'impose plus. D'abord, car le sujet parle avant tout de la ville. De l'éloignement et de la solitude que l'on trouve dans les grandes villes. Le problème avec Goa, c'est que c'est un lieu touristique, pittoresque pour les maisons portugaises dont les photos figurent sur la page du mois de janvier. Or, pour que le traitement soit juste, il faut éviter le pittoresque. J'essaye de mener ici la même vie que j'aurai en France, ou la même vie que mènent les indiens. (Je dis bien j'essaye, car j'en suis loin). Disons, qu'à partir du moment où l'on arrête de suivre le guide du Routard et d'aller dans les endroits où les touristes passent, le rapport au pays change. Les gens n'essayent plus de m'arnaquer et on me demande même parfois si je suis étranger. (pas souvent non plus...).
Aussi, ce film ne montrera pas la réalité de l'Inde, mais sera plus une interrogation sur l'artificialité. C'est pour cela que je cite souvent Fassbinder. car il n'a eu de cesse d'interroger l'artifice dans ses films, où cela culmine dans "Roulette Chinoise". Il a même dit que les accents exagérés des personnages de Bavière deviennent plus réalistes que s'ils étaient les vrais. C'est cela qui le frappe tant dans l'artifice chez lui ; quand les décors et les situations sont déformés, le spectateur a alors plus de liberté, car on ne lui impose pas une "vérité".
Aussi, je n'ai aucune intention de montrer l'Inde ; ni sa pauvreté ni ses moeurs tant différentes des nôtres. Je considère chaque instance narrative (personnages, décors, dialogues) comme des symboles, des accès à la réalités. Des connexions avec des souffles, des atmosphères, des climats affectifs. Le monde n'existe que dans notre esprit, ou plutôt, notre esprit est le monde. Aussi, ces accès à la réalité relative sont l'un des traits du cinéma, art industriel qui associe temporairement des perceptions conscientes et inconscientes ; de manière passive.
C'est pourquoi la question de la distanciation par l'artifice revêt autant de l'éthique que de l'esthétique. Fassbinder, pour Brechtien qu'il soit, met souvent des cadres dans son cadre et des objets au premier plan qui gênent la vision. Je ne comprenais jamais pourquoi une lampe qui n'a rien à voir avec l'action se retrouvait au premier plan, devant les acteurs en train de parler. Certains ont parlé de la conception Shopenhauerienne du monde qui découle de ces interêt donné à l'inanimé.
Pour en revenir au film, j'ai en même temps peur que le décalage soit trop grand avec les studios. Je suis certain pour la scène du train car l'idée de la projection est vraiment géniale. Dans le film "Lettre d'une inconnue" adapté de Stefan Zweig (la version américaine dont j'ai oublié le réalisateur), il y a une scène où le couple monte dans un train artificiel. , genre attraction de fête foraine. Le couple s'assoit dans un wagon ;A chaque fois que le monsieur paye, il y a un nouveau décor, (un peu comme les petits appareils photos avec des diapositives), qui défile par la fenêtre. Le décor est carrément peint. Alors il dit à sa douce "Alors, voulez-vous aller à Monaco ?", puis elle ensuite "Oh oui, et puis allons aussi en Suisse", et un paysage de montagnes défile.
Pour ce qui est des bureaux et de la maison j'hésite encore. Il y a une qualité - je crois qu'on appelle cela sabi en japonais - et une valeur attribuée au objets qui portent les marquent du temps. La façon dont les objets viellissent ici me touche spécialement. Dans Rajiv Kumar, j'ai fait des plans sur les murs vides qui portaient la marque du temps. Cela me rappelle cette phrase de Bresson :

"TRADUIRE le vent invisible par l'eau qu'il sculpte en passant."

Il est 5 : 03, je vais essayer d'aller un peu dormir...

21 : 35

Compte-rendu de la visite des studios de Nitin Desai. Je me suis rendu en rickshaw jusqu'à Mulund (1 heure 20 de trajet), au bureau de Nitin Desai. Je suis arrivé à 9h30, il était en réunion, j'ai attendu qu'il ait finit jusqu'à 11h00.
Nous sommes ensuite allés en voiture jusqu'à ses studios qui se trouvent à soixante kilomètre au sud de Bombay. Il a acheté le terrain il y a seulement un an, mais la construction ne s'arrête pas. Il y avait une amie à lui, Puja. Puja était online producer sur le film "Mangal Pandey", un énorme succès, avec Aamir Khan dont chaque rôle attire les foules. Mangal Pandey est le premier film à avoir été tourné dans les studios. Nitin a construit pour cela un énorme décor en quelque jours, en extérieur ; ici, il n'a a pas de risque de pluie. Au fond, le climat m'a fait penser à la Provence, mais il est plus proche de Los Angeles, et je commence de plus en plus à comprendre le parallèle avec Hollywood. L'étalement de la ville est similaire et l'on passe une grande partie de son temps dans les transports.
Durant le trajet pour aller au studio, je lui ai parlé du projet, de la vie de Pessoa, des personnages en rapport avec l'histoire originale. au fur et à mesure de mes explications, il imaginait des décors. Quand j'ai dit que Rajiv incarne la modernité (il refuse de s'engager), et Adhiti la tradition (elle veut à tout prix se marier avec lui) ; Nitin a proposé que leurs demeures respectives incarnent cette dichotomie. Il m'a aussi proposé qu'au lieu du train, ils se voient au cinéma.

Nous avons commencé la visite par leurs propres bureaux qu'il trouvait intérressant à cause de la transparence, des vitres qui permettent de voir et qui deviennent aussi des miroirs selon l'axe.

Ces bureaux donnent un ton résolument moderne. J'ai été tout d'abord gêné par le fait qu'ils ne soient pas intégrés dans la ville, car le paysage extérieur est plutôt rural.

Nous avons grignoté des beignets légèrement épicés en regardant des bandes-annonces des productions qu'il a faites sur une télé énorme. Ensuite, nous avons pris un petit véhicule électrique genre ceux que l'on trouve sur les terrains de golfe, et nous sommes allés dans un bunglow, qu'il me propose comme décor.

Là aussi, j'étais gêné par le fait qu'il n'y ait pas d'ambiance de ville. Il a ouvert une fenêtre et m'a montré la route qui passait, il m'a dit qu'on pourrait y faire passer des véhicules. En continuant sur le chemin, il y avait des carrosses dans le style ancien, et je me suis dit que cela serait vraiment amusant de les faire passer derrière.
Ensuite, il m'a montré la vue ci-dessous, et m'a dit qu'il allait en faire une rue de Bombay d'ici le mois de mars. Cela pourrait servir par exemple quand Adhiti sort de chez elle.

Nous sommes ensuite rentrés dans un grand studio, transformé en opéra antique. Il m'a désigné les deux marches en haut à droite et m'a dit que Rajiv et Adhiti pourraient s'assoir là comme s'ils étaient au cinéma.

Nous sommes alors rentrés dans un entrepot, où sont stockés tous les modèles ayant servis aux productions précédentes.

Les colonnes ci-dessous ont servi dans Devdas.

A la fin il m'a dit "You're going to learn a lot in those two months...", je lui ai répondu "I hope so !". Je réalise à présent la portée de ses paroles en voyant ces photos. En fait, je n'ai jamais vraiment eu une vision des décors comme il me l'a montré aujourd'hui. Je crois que je vais énormément apprendre de sa façon de concevoir les décors. Au tout début de la journée, il m'a parlé de l'interêt de tourner en studio, du fait que pour lui il est plus intérressant de faire exactement ce que l'on a envie, de suivre sa vision plutôt que d'essayer d'être réaliste.
Il m'a parlé de Bhansali, et du fait qu'il contrôle chaque détail de ses mises en scènes. Je lui ai répondu que tous les grands réalisateurs faisaient cela. Et comme un heureux hasard, cette pensée de l'artifice qui me tournait dans la tête fût notre premier sujet de discussion alors, bien sûr, j'étais prêt à enchaîner. Je lui ai bien dit que je n'avais pas de souci de réalisme, mais plutôt d'être fidèle à une vision personnelle. Je lui ai dit que j'avais envie de faire un pont entre l'artifice comme on le pratique dans le cinéma indien et la façon dont ont pu le faire des auteurs européens. J'avais tout au long de la journée deux films en tête. Le premier était Querelle de Fassbinder, film ostensiblement artificiel, dont les paysages sont carrément des peintures, et les décors en plastique.
Le deuxième, encore plus important pour moi, c'est E la nave va, de Fellini. Ce film entier est une reflexion sur le statut du vrai et du faux au cinéma, le travail en studio étant l'un des paramètres importants du cinéma de Fellini à partir de sa phase surréaliste. J'aime bien les scènes dans Intervista où le travail en studio est montré, le tournage devient le film...
Pour en revenir à ce film culte qu'est Et vogue le navire, il commence comme le cinéma. En sépia, caméra fixe, petit à petit, l'image devient noir et blanc, puis commence à bouger, le son se greffe, puis arrive la couleur. Durant les cinq premières minutes, on a assisté à quatre-vingt années de l'évolution d'un art moderne (le film date de 1983). Fellini annonce d'emblée que pour lui, le cinéma n'est pas un art qui se doit d'être fidèle à la réalité, mais plutôt un art du spectacle, qui reproduit une réalité, une vision personnelle.
Dès les premières images couleurs le côté factice des décors est annoncé. La mer est une vague de plastique qui bouge actionnée par des machines. ("Je suis un grand menteur"). La paysage derrière est un fond de studio peint. L'histoire du film est on ne peut plus simple, la plus grande cantatrice de son temps (du genre la Callas) vient de mourir, tous ses amis embarquent sur un bateau pour aller disperser ses cendres. Évidement, il s'agit de l'aristocratie d'Italie et d'ailleurs. Tout au long du film, l'artifice des relations devient de plus en plus évident au milieu de cette mer de plastique et de ce soleil projecteur. Quant à la fin, un autre navire attaque le paquebot, on voit bien qu'il s'agit d'une maquette en carton, pourtant l'impression demeure la même. Le coup de grâce qui peut changer une vie, (j'ai entendu une histoire selon laquelle un couple serait allé voir ce film, l'homme ne l'ayant pas aimé, sa copine qui en était bouleversé à décider de la plaquer...) c'est bien sûr le plan final. Alors que notre paquebot est en train de chavirer, la caméra se retourne vers l'équipe de tournage. On voit tout d'abord des types qui tiennent des feux qui produisent la fumée des canons, le chef opérateur sur une grue en train de filmer la caméra, on descend en dessous de la mer de plastique et l'on voit qu'il s'agit en fait d'une énorme plateforme actionnée par des verrins qui donnent une impression de mouvement.

J'avais déjà noté que dans Raging Bull de Scorsese, le dernier combat de Jack la Motta contre Sugar Ray Robinson, était complètement chorégraphié, à l'envers de tout réalisme. Tout d'abord, De Niro n'est pas un boxeur, et l'éclairage n'a rien à voir avec celui que l'on trouve sur un ring, on se croirait plutôt sur une scène de spectacle. Ayant comparé les dessins préparatoires déssinés par Scorses lui-même, il était intérressant de noter qu'il avait conçu cette séquence comme une chorégraphie, avec des ralentis, des plans sur les genoux qui recoivent les sang, ou sur le sang qui part dans le public. Il a même mis sur le dernier coup de poing avec lequel Robinson achève La Motta le fameux effet de distorsion inventé par Hitchcock pour Vertigo (la caméra fait un travelling avant et un zoom arrière, ce qui a pour effet d'agrandir le second plan alors que le premier plan reste à la même taille) destiné à rendre cet effet de vertige. Après ce plan succède un plan sur le poing de Robinson, le son d'ambiance est coupé, l'image est au ralenti, dilatant cet instant fatidique, le rendant intenable, puissant. Comme un prédateur, le poing descend sur le visage de La Motta dans un dernier assaut qui l'achève. La façon dont le montage rythme la séquence, les effets de ralentis, la fragmentation de l'espace du ring, autant de procédés de déformation qui rendent le combat beaucoup plus puissant que nature. Du coup, on y croit plus.
Je crois qu'à partir du moment où il y a une machine entre la perception et le monde, on ne peut prétendre à montrer la vérité. Faire des films, c'est apprendre à dompter cette différence entre la façon dont nous percevons les choses en directe et la façon dont elles rendent à l'écran. Je m'en suis bien rendu compte ce soir en regardant les photos des repérages en studio, qui rendaient mieux les idées de Nitin que sur place. Habitué qu'il est, en voyant cette rue vide, il voit déjà l'image projetée sur un écran. Comme un maçon voit sur un terrain vierge la bâtisse qu'il s'apprête à construire.

Je voudrais conclure avec une remarque sur la simplicité et l'humilité des indiens. Et dont Nitin est un exemple vivant. Il ne se donne aucune importance ou ne donne jamais de leçons ou ne raconte jamais ses exploits en tentant d'épater la galerie, comme le font souvent les hommes en occident. Je me faisais la réflexion que cela est peut-être du à la perte du respect pour les chefs, pour les gens qui ont des responsabilités en général ; thème cher à Fellini, qu'il a décrit avec humour dans Prova d'orchestra.

J'ai aussi pensé le matin à part moi, que ce qui m'intérresse dans un film comme Devdas, c'est la psychologie de la beauté ; Pankaj et d'autres reproches aux films de Bollywood de toujours montrer des acteurs principaux qui ressemblent à des mannequins. Je me disais que le plus important pour Adhiti, c'était de trouver une actrice qui incarne ce principe de grâce. Pour Rajiv, quelqu'un de raffiné, élégant naturellement. Je pensais qu'au fond, ce film était très proche de Ozu. Je veux une lumière comme ça. La psychologie de la beauté est très présente chez Ozu. Ses films apaisent ; je ne sais comment il faisait pour que ses acteurs portent en eux autant de grâce, de pureté, de sensibilité alliée à la générosité. Ses plans frontaux qui les mettent à nu. Comme si la tentative du cinéma en général à recadrer tendait à habiller les gens et à masquer leurs être, à donner plus d'importance au metteur en scène qu'aux acteurs. Je ne saisis pas vraiment pourquoi ce cadre si frontal donne autant de nudité...

 

Samedi 4 février

20 : 43

J'ai passé preque toute la journée dans les locaux de Kaleidoscope entertainement, PVT LTD qui sont aussi depuis peu les locaux de Film Finances. Je m'y suis rendu ce matin en train, les bureaux sont juste en face de la boutique de Krsna Mehta ; et ressemblent aux bureaux de Nitin Desai. J'y allai sur invitation de Puja Bedi, rencontrée la veille avec Nitin Desai.
Elle n'était pas là lorque je suis arrivé, on m'a installé devant la télé et montré un film qu'elle voulait que je vois. Il s'agissait de Schatten der Weit, (Shadows of time), une production allemande tournée a Calcutta en 2004. Le film raconte l'histoire d'amour de deux enfants qui se rencontrent dans une usine de métier à tisser. Lorsqu'ils doivent se séparer, ils se disent qu'ils se retrouveront dans le plus grand temple Shiva de Calcutta. Dix ans plus tard, le garçon arriveà Calcutta (c'est un homme à présent), il se rend au temple et ne la trouve pas. Il est devenu un fabriquant de tapis de talent, elle est devenue courtisane. Il ne la trouve et finit par se marier avec la fille de son patron et elle avec un riche officier. Ils se ratent et se revoient à la fin alors qu'ils sont très vieux, mais se quittent dans l'anonymat. Le film avait un budget de 3,5 millions d'euros, et a reçu le soutien de nombreuses compagnies allemandes. Mais il a raté la sortie il a été diffusé pour la première fois à Montréal, ce qui l'a empêché d'aller dans l'un des quatres grands festivals de films : Cannes, Venise, Berlin, Toronto... Aussi il n'est pas rentré dans le frais. Film Finances est une compagnie qui garanti la bonne production et l'achèvement des films pour les investisseurs comme les banques, etc...
Puja est au départ Line Producer, et travaille maintenant dans la branche de Film Finances de Bombay. La compagnie Kaleidoscope a produit des films de première qualité comme Bandit Queen, Mangal Pandey (sorti en 2004 avec Aamir Khan) et Rani Mukherji), Maqbool (adaptation de MacBeth), et Saathiya (Vivek Oberoi, Rani Mukherji) dont elle m'a aussi conseillé la vision, car c'est une histoire d'amour qui se passe dans les trains de Bombay. Ils essayent toujours de tourner en dehors des studios contrairement à Bhansali qui fait tout en studio. Elle m'a passé les DVD de ces films et j'en ferai des comptes-rendus ici après les avoir vus.

Je mets ici la deuxième séquence du film, avec le portugais et le français. Dès lundi, j'aurai la version quadrilingue du scénario et je pourrais commencer le casting :

2. Int. Night. Adhiti’s room.

Adhiti is in her room, at her parents’ place. It’s a small room, with a large window with view on a place. We can see the tramways crossing it. It’s eleven in the evening. Adhiti is sewing and talks to herself :

Não calcula como estou triste,
Vous ne pouvez pas savoir comme je suis triste,

Estou farta de chorar
je ne cesse de pleurer

nem mais terei a minha alegria que tinha antigamente !
et ne retrouverai jamais ma gaieté d’autrefois !

sinto-me tão infeli !
Je suis si malheureuse !

Se o Rajiv soubesse o que se passa comigo !…
Si vous saviez ce qui se passe en moi, Rajiv !…

Quantas vezes pareço alegre…
Si souvent j’ai l’air gai…

Mas sabe Deus o coração,
Mais Dieu connaît mon cœur,

É que junto de si não posso estar triste,
il se trouve qu’avec vous je ne puis être triste,

não tenho tempo para pensar senão duma coisa
je n’ai le temps de penser qu’à une seule chose,

e esqueço tudo o mais !…
et j’oublie tout le reste !…

Não sei ainda se lhe darei este bilhete,
Je ne sais pas encore si je vous remettrai ce billet,

penso em dar-lho e penso também o contrário,
je pense vous le donner et je pense le contraire,

só amanhã é que resolvo.
je déciderai demain seulement.

Era inutil pedir-mo !…
Ce sera inutile de me le demander !…

É meia-noite, vou descansar um pouco a cabeça, até amanhã…
Il est minuit, je vais un peu me reposer l’esprit, à demain…



Dimanche 5 février

22 : 54

J'ai regardé hier soir le film "Saathiya (Companion)", avec Vivek Oberoi et Rani Mukherji. C'était le premier rôle de Vivek Oberoi dans un gros film, et autant le dire, il n'est pas acteur, il n'a aucune crédibilité, bien au contraire de Rani Mukerji dont la présence sauve les meubles.
Le parti-pris du film, c'est de présenter tous les aspects d'une histoire d'amour : "In this film all stages of love are explored - from the infatuation age, "when a couple thinks they are in love" right throught to "when a couple discovers the true meaning of love". En d'autres termes, Aditya et Suhani se marient sans le consentement de leurs parents, lorsque ceux-ci l'apprennent, ils les expulsent de leurs foyers respectifs, ils s'installent ensemble dans un appart... commence alors la réalité de la relation, ils s'engueulent tout le temps... enfin, le message est très classique... Le film n'a donc pas grand chose pour lui à part son actrice et l'apparition surprise dans les dernières séquences de Mr Shah Rukh Khan et Tabbu. Shah Rukh est un bon acteur, il est actuellement N°1... sa prestation dans ce film est de qualité, sans ajouter à ce qu'il a déjà fait auparavant...
Ce que j'en retiens, c'est surtout le fait qu'il est tourné en décors naturels, dans Bombay. Rien à voir avec Bhansali, ses paillettes et ses studios énormes. Saathyia est beaucoup plus réaliste, rien n'est exagéré, il y a beaucoup de scènes dans les trains locaux, (voir au dessus sur la page), dont la potentialité n'a - à mon avis - pas été utilisée. Au fond, ce qui m'intérresse le plus dans le cinéma de Bollywoood, c'est l'artificialité, comme le pratique Bhansali. Les scènes de danses dans Saathyia sont semblables à des mauvais vidéoclips de variété qui passent sur MTV. J'en ai visionné une partie avec Mohit, il adore ces scènes, et il ne comprenait pas pourquoi je riais quand le couple court dans un champ au milieu des montagnes Suisses et se prennet dans les bras... oui, c'est ridicule pour un occidental. Chez Bhansali, les sentiments sont plus mélodramatiques, et les danses ont au moins le mérite d'être bien chorégraphié, enfin, je trouve que le travail fournit est plutôt conséquent...

lundi 6 février

21 : 32

Pas grand chose à souligner puisque j'ai passé ma journée au lit, malade comme un chien ; ce que l'on appelle "Loss Motions".... no comment.
La traductrice a dit qu'elle m'enverrait le script demain car elle avait besoin d'un jour supplémentaire pour réviser la traduction. J'espère qu'elle va l'envoyer demain, car les choses n'avancent pas assez vite à mon goût.
J'étais en train de penser à la lassitude que me donnent les films dont la structure scénaristique est trop évidente. Je parle de la méthode américaine d'écriture de scénario qui utilise multiples procédés pour émouvoir le spectateur. Cette méthode est dite pour être largement dévelloppée à partir de la mise en scène comme Hitchcock la concevait. Elle a fait les beaux jours d'Hollywood et continue de sévir ici en Inde, dans les grosses productions.
Lorsque un film se déroule selon ces ficelles scénaristiques, elle sont souvent tellement voyantes, que le geste du réalisateur poutr émouvoir l'audience en devient trop évident, ce qui est bien souvent pathétique.
Depuis longtemps déjà, des auteurs ont défié ces notions narratives qui en quelque sorte, rendent les émotions manufacturées et privent le spectateur de sa liberté, en lui imposant de l'adrénaline à tout va. Il y a un film qui à mon sens incarne à merveille cette antinomie du cinéma manufacturé. C'est le film "Un condamné à mort s'est échappé" de Robert Bresson. Le film commence avec un carton qui sur lequel est écrit en gros : "Je livre cette histoire comme je l'ai trouvé : sans ornements ni sentiments inutiles" (pardonnez moi l'approximation). Le film s'inspire du récit que fit un prisonnier après s'être échappé des mains des Allemands durant la seconde guerre mondiale. On connaît bien les partis-pris de Bresson de ne jamais filmer la prison en plan d'ensemble, de ne presque pas montrer les geoliers, d'avoir filmé l'évasion comme un documentaire, en immergant le spectateur dans la lenteur de l'action. Car les principales actions qui demeurent dans la mémoire après le film sont : la tentative d'évasion du début, sanctionnée par un coup de fusil dans le visage, le lent démontage de la porte dans un artisanat proche de l'ouvrage d'art (il n'y a là pas le droit à l'erreur "Je donne chaque coup de pinceau comme s'il s'agissait du dernier" Bresson citant Cézanne dans ses notes), et enfin le bricolage de la fin.
La première fois que je vis ce film, mon esprit n'était pas habitué aux films dit lents, aussi sembla-t-il long, mais lorsque arriva le moment de l'évasion, qui n'avait absolument rien de spectaculaire ni rien de forcé, je senti monter en moi une émotion que je n'avais jamais ressenti alors, plus profonde, plus subtile, moins directe, moins facile à cerner. Bresson m'avait laissé libre intégralement et je jouissais de cette liberté qui respecte l'esprit du spectateur et lui laisse la plus haute place en exigeant de lui cette patience du regard.
C'est pour cela que j'ai conçu Adhiti Singh à partir de lettres d'amour, et que je n'ai pas crée de dramaturgie pour l'occasion. Ces lettres ayant réellement été écrites, je ne pouvais installer une narration manufacturée destinée à tirer les larmes du spectateur avec des violons...
Certes, il m'a fallu trois mois, et dix versions du scénario avec des quantités de changements pour en arriver à la plus simple de toute : celle qui se contentait d'accompagner les lettres sans fioritures. Dans cette version je n'étais quasiments plus présent, comme si mon intervention se devait d'être invisible. Cette notion est centrale et tous les partis-pris découlent de là. C'est aussi pour cela que je sens ce film connecté avec l'univers d'Ozu. On pourrait interpréter cette vision comme très proche du T'chan (zen) ; il y a cette phrase de Suzuki Roshi qui me tient particulièrement à coeur :

"Afin de ne laisser aucune trace, quand vous agissez, vous devriez le faire de tout votre corps et de tout votre esprit, vous concentrer sur ce que vous faites. Vous devriez le faire à fond, comme un bon feu de joie. Vous ne devriez pas être un feu qui fume. Vous devriez vous consumer totalement. Si vous ne vous consumez pas totalement, une trace de vous-même restera dans votre activité. Il vous restera quelque chose de non totalement consumé. L’activité zen est l’activité totalement consumée, sans autre reste que des cendres. Ceci est le but de notre pratique. C’est ce que voulait exprimer Dogen en disant : « Les cendres ne redeviennent pas du bois pour le feu. » La cendre est cendre. La cendre doit être totalement cendre. Le bois doit être bois. Quand cette activité-là se produit, une seule activité embrasse tout."
Shunryu Suzuki, in « Esprit Zen, Esprit Neuf », 1970.

Ce rapport à la liberté m'a été indiqué de manière si subtil par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub, lorsqu'ils ont monté leur film au Fresnoy. Cela m'est apparut tellement fortement lorsque je leur ai montré mes films dans la salle de projection. La première fois, il s'agissait de Rajiv Kumar, le seul commentaire que j'entendis vint de Jean-Marie : "Il y a un texte qui est ce qu'il est, des images qui ne sont ni agressives ni irritantes...". En y repensant, je me dis qu'ils n'avaient pas osé me dire leurs pensées de crainte de me blesser. Plus tard, je confiais à Jean-Marie cette pensée, il me dit " si je ne vous ai rien dis, c'est parce que j'ai aimé, ça ne ressemble à rien qui existe". La fois suivante je leur montrais "Diary of a Stranger" et je leur demandais d'être critique sans m'épargner à l'issue de la projections. Je leur dis que bien souvent on me reprochait le ton de la voix du personnage masculin "Eugène" ; ils me dirent que c'était ce qui était le plus réussi et que les gens n'aimaient pas car c'était différent de la manière dont les acteurs lisent en général ; il m'apparut encore une fois qu'ils avaient aimé car "cela ne ressembleà rien qui existe...". Je compris ce jour-là que la liberté n'est pas toujours là où on l'attend ; elle exige une intransigeance vis-à-vis de l'économie (je pense à l'oeuvre et à la vie de ce couple de cinéastes dont on se demande comment il est possible de créer avec une telle indépendance de pensée... Peut-être un détail important, c'est que les Straub ne se prennent pas pour des artistes mais pour des artisans, on comprend bien cela quand on les voit monter sur CTM (banc de montage traditionnel pellicule) ; aussi, ils proposent cet atelier de montage comme pour indiquer une technique de fabrication ; laisser aux jeunes cinéastes le temps pour observer leur pratique sans leur imposer de pensée solide et préconcue. Il me confièrent qu'ils n'aiment pas faire partie des jurys ou juger des projets sur le papier. Combien d'auteurs comme eux se permettraient se permettraient de juger ou d'imposer leurs idées à de jeunes auteurs...
Pour des quantités d'autres raisons je leur dois une dette inestimable, tant j'ai le sentiment d'avoir vu des subtilités à leur contact.

Et puisque pour des raisons étranges, nous en arrivons à ce passage de notre histoire, voici les mots du scénario qui reviennent à mon esprit depuis ce matin, et qui sont de circonstance :

3. Int. Day. Kumars Compagny Offices.


She arrives at the office and looks in Rajiv’s office, here’s not there. She goes in her office and removes her coat. Mahendra enters and gives her a letter. She reads :

São cerca de 4 horas da madrugada e acabo, apezar de ter o corpo dorido e a pedir repousso,
Il est environ quatre heures du matin et, bien que mon corps entièrement endolori ait besoin de repos,

De desistir definitivamente de dormir.
je viens de renoncer définitivement à dormir.

Ha trez noites que isto me acontece, mas a noite de hoje, então, foi das mais horriveis que tenho passado em minha vida.
Il y a trois nuit que cela m’arrive mais cette nuit est l’une des plus horribles que j’ai connu dans ma vie.

Depois, estar doente exactamente numa occasião em que tenho tanta cousa urgente a fazer,
Il faut que je tombe malade exactement au moment où j’ai tant de choses à faire.

Vês, meu Bébé adorado, qual o estado de esperito em que tenho vivido estes dias,
Tu vois, mon Bébé adoré, dans quel état d’esprit je vis ces jours-ci,

Estes dois ultimos diassobretudo ?
surtout ces deux derniers ?

E não imaginas as saudades doidas, as saudades constantes que de ti tenho tido.
Et tu ne peux pas imaginer la façon folle dont tu me manques, le manque constant que j’ai de toi.

Cada vez a tua ausencia, ainda que seja só de um dia para o outro, me abate :
À chaque fois ton absence, ne serait-ce que du jour au lendemain, m’abat :

Quanto mais não havia eu de sentir o não te ver, meu amo, ha quasi três dias !
imagines ce que je peux ressentir sans te voir, mon amour, depuis bientôt trois jours !

E então a esta hora da noite parece-me que estou num deserto ;
Alors à cette heure-ci de la nuit, j’ai l’impression d’être dans le désert ;

Estou com sêde e não tenho quem me dê qualquer cousa a tomar,
j’ai soif et je n’ai personne à qui demander à boire ;

estou meio-doido com o isolamento em que me sinto e nem tenho quem ao menos vele um pouco aqui enquanto eu tentasse dormir.

je deviens à moitié fou dans l’isolement où je me trouve et je n’ai pas quelqu’un qui veille un peu sur moi au cas où j’essayerais de dormir.

Estou cheio de frio,
J’ai très froid,

Vou estender-me na cama para fingir que repouso.
je vais m’étendre sur le lit pour essayer de me reposer.

Não sei quando te mandarei esta carta ou se acrescentarei ainda mais alguma cousa.
Je ne sais pas quand je te ferai parvenir cette lettre ni si j’y ajouterai quelque chose d’autre.

Ai, meu amor, meu Bébé, minha bonequinha, quem te tivesse aqui !
Ah ! mon amour, mon Bébé, ma petite poupée, si tu pouvais être ici !

Muitos, muitos, muitos, muitos, muitos beijos do teu, sempre teu
Beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup de baisers à toi de ton toujours tien,

Rajiv.


Mardi 7 février

12 : 41

Déjà une semaine que nous somme en février. J'attends toujours la traduction d'une minute à l'autre. Je suis dans un état encore un peu fiévreux. Je me suis blindé de médicaments ce matin pour stopper les loss motions. Hier soir, n'arrivant pas à trouver le sommeil, j'ai regardé le film "Mangal Pandey" avec Aamir Khan et Rani Mukerji. Le film est très mauvais, et très manichéen. Le sujet est la première insurrection pour l'indépendance de l'Inde en 1857. On comprend donc que le film s'est monté sur le postulat démagogique de dénoncer la colonisation, l'East India Compagny, la société anglaise qui dirigeait le pays. On sait en occident les atrocités qu'ont pu commettre les européens lors des différentes colonisations, on en parle pas trop cependant ; les indiens eux n'y vont pas de main morte, et ce film est presque une façon d'exiger un peu de justice pour les souffrances passées. Je dois avouer que le film m'a mis mal à l'aise, et je comprends parfois le mépris que peuvent éprouver les indiens pour le "Sahib", l'homme blanc qui les a maltraités durant deux siècles. Mangal Pandey inspira Gandhi quand en 1947 l'Inde obtint l'indépendance.

 

Mercredi 8 février

00 : 41

J'ai enfin reçu la traduction en milieu d'après midi. Nous ne nous sommes pas compris au téléphone, aussi n'a-telle pas traduit en anglais, à ma grande déception, je vais devoir me débrouiller pour le faire ici. Je me suis senti mieux aujourd'hui, regagnant peu à peu des forces, après cette violente gastro d'hier.


J'ai rencontré ce soir Anand Parashar, un production manager, ami de Noumi.

Il m'a parut autant sympathique que Noumi, et chose amusante,il revenait de la Sagar Film City de Baroda, où il a travaillé sur une série télé des Sagar ; je connais cette famille car j'ai passé en 2003 dix jours sur le tournage de la série télé "Hatim Tai". Anand va m'aider pour le cast. Chose étrange et peut-être logique, les gens cliquent beaucoup plus sur le rôle d'Adhiti que Rajiv. Il m'a dit sous forme de joke qu'il allait proposer le rôle à Rani Mukerji. Car en fait je la prends comme exemple à cause de sa voix qui est très particulière et de son tempérament. Elle est en ce moment l'actrice la plus importante de Bollywood, sans avoir la beauté ou le physique d'Ashwaria Rai. Personne n'aurait misé sur elle il y a cinq ans. Je crois que son tempérament est original, elle est vive, dégage un sentiment d'intransigeance et paradoxalement, elle est amusante. Sa voix est instantanément identifiable, aigue et légèrement enrouée, claire et rapide. Aussi, j'essaye de trouver des exemples d'acteurs et d'actrices dans les films indiens de manière à préciser mon choix et le tempérament de Rani me semble être proche de celui d'Adhiti.

Le nom Adhiti Singh est maintenant écrit partout, mais je vais devoir changer. Pour la simple raison qu'Adhiti s'écrit avec un h dans le sud, car dans le nord, le Penjab, d'où vient mon personnage, cela s'écrit comme cela "Aditi", d'ailleurs la traductrice a mis quelques mots de Ourdou dans la traduction pour marquer son appartenance. Le problème que j'ai constaté, c'est que plusieurs personnes en France croyaient qu'Adhiti était un nom masculin. Si en plus je dois enlever le h, toute l'harmonie que j'avais trouvée ne marche plus : "Aditi Singh" ne marche pas... Et pour le Singh, c'est le nom des Sikhs, qui ne prient pas dans le mêmes temples que les hindus, or je voulais que mon personnage soir hindu... Aussi je vais étudier les prénomns et les noms et leurs sens pour trouver un nouveau nom pour le personnage et donc un nouveau titre pour le film. Mohit m'a dit que Aditi veut dire "being free, not bounded"...

Voici donc la séquence suivante avec l'hindi, je suis vraiment excitéà l'idée de commencer les lectures :

4. Int. Night. Rajiv’s appartement.

Rajiv is in his office, smoking a cigarette. Mahendra enters and gives him a letter. Rajiv gives him a bill and asks him to wait. Mahendra sits and waits. Rajiv reads in a low voice :

Vens amanhã esperar-me à saída do escrotório Kumar ?
Tu viendras m’attendre demain, à la sortie du bureau ?
Tum mujh se Kumar office ke bahar milne aaoge ?

(Obrigado), mas vê onde te colocas
Alors, fais attention à l’endroit où tu vas te poster,
Tum kahan mera inztezaar karoge is baat ka khayaal rakhna ,

E não te dirijas logo a mim,
et ne t’adresse pas tout de suite à moi,
mujh se milne kee jaldi mat karna,

porque o meu ex-namorado jà descobriu onde é o escritório,
parce que mon ancien amoureux a appris où se trouve le bureau,
kyonki mere ex-boyfriend ko pata chal gaya hai ki office kahan hai

e ia dizer para eu sair eram 5h
et il est venu dire que je devais sortir alors qu’il n’était que cinq heures,
aur woh mujhe office se paanch baje hee nikalne ke liye kehne aaya tha,

diz que ia em nome da minha irmã, mas é mentira.
il a dit qu’il venait de la part de ma sœur, mais c’est un mensonge.
Usne mujh se kaha kee(qui) woh meri behen ke kehne par aaya tha par yeh jhooth hai.

Se foste arranjaste um bom serviço,
Il ne me lâche plus d’une semelle,
porque agora não me larga a porta

kyonki ab woh mujhe darwaza bhi nahi kholne deta
aujourd’hui même il s’est adressé à moi à Colaba,
jà hoje se dirigiu a mim no Colaba e esperou por mim, que
aaj woh mujhe Colaba mein mera intezaar karte mila tha aur yeh

chahta tha ki eu almoçasse e seguiu-me até aí ao escritorio (calcula tu que maçada,)
il m’a attendue, il voulait que je déjeune avec lui et il m’a suivie jusqu’au bureau,
mein uske saath khaana khane chalun,(soch sakte ho mujhe kitna bura laga !)aur usne office tak mera peechha kiya,

diz que só quer ver a pessoa que é por mim preferida,
il dit qu’il veut seulement voir la personne que je préfères,
keh raha tha ki woh usé sirf dekhna chahta hai jisé mein pasand karti hoon,

maz diz com um tom de ameaça que eu não gosto nada e ele é meio maluco e então é preciso cuidado.
mais il le dit sur un ton de menace qui ne me plaît pas du tout, et d’ailleurs, il est à moitié fou, il faut être prudent.
Lekin usne aisé dhamki bhare andaaz mein kaha ki mujhe achha nahin laga, woh pagal hai isliye us se savdhaan rehna chahiye,

Eu já não posso escrever mais antes que queira
Je ne peux plus écrire même si j’en ai envie,
Mere chahné ke bavzood mein aur nahi likh sakti,

Porque é 1 hora e meia e o meu pai está ralhando para eu me deitar.
car il est une heure et demie et mon père grommelle que je dois me coucher.
Kyonki dedh baj raha hai aur méré papa mujhé sone ké liye kah rahé hein.

Eu não fiz cinfidêndias a minha irmã ela é que me roubou o meu segredo…
Je n’ai pas fait de confidence à ma sœur, c’est elle qui m’a volé mon secret…
Meine apni behan ko kuch nahi bataya, usi né mera secret chura liya


He leaves the letter and starts to write slowly.

 

Jeudi 9 février

04 : 45

Trop d'idées et de pensées circulent dans mon esprit m'empêchent de trouver le sommeil une fois de plus le ventilateur semble balayer mes pensées mais trop vite impossible de le régler plus lentement. La journée est passée si vite ; j'ai été chez Veeru avec l'ordinateur pour leur montrer la traduction.
Sa femme, Samta Sagar est poète, ils ont trouvé la traduction de très mauvaise qualité. Aujourd'hui, Veeru doit passer pour récupérer deux copies du scénario, ils vont tous les deux travailler sur l'hindi de manière à donner plus de force à la version hindi. Ensuite je leur ai montré Diary of a Stranger, qu'ils ont beaucoup aimé. Une chose curieuse, les indiens, je le sens, vont préférer Diary of a Stranger à Rajiv Kumar, alors qu'en France, c'est l'inverse. Simplement parce qu'il est inhabituel pour eux, par sa forme déconstruite, sa narration inexistante, ses peintures occidentales, et ce ton résolument occidental qui est ici exotique comme la voix de Rajiv Kumar l'est en France.
Je n'ai pas compris pourquoi entre les deux films, Veeru a décidé de sortir pour aller s'acheter un pan, comme un rituel inévitable. Je l'ai donc accompagné, il était très enthousiasmé d'avoir vu le film et soulevait pleins de sujets. Le pan, est une chose très étrange, on en trouve dans la rue, un type tient un stand avec des feuilles de je ne sais quel arbre qui trempent dans l'eau, lorsqu'on lui commande un pan, il pose la feuille sur un papier journal et commence à la peindre avec une sauce mauve/marron, puis il ajoute des épices, de celles que l'on trouve ici à macher, constituées en petites pépites de bois qui dégagent un goût au contact de la chaleur de la bouche. Une fois les épices rassemblées, il enroule la feuille et la fixe dans un bout de papier si le pan est à emporter, sinon on le met dans la bouche d'un trait, comme un sushi. Le pan est fait pour facilier la digestion, c'est peut-être pour cela que Veeru en a eu un besoin impérieux. On garde les pépites dans la bouche et de temps en temps on crache des morceaux que l'on a pas mâché.
Après les films, ils ont insisté pour voir des photos de ma famille, je leur ai aussi montré des photos de Paris, des vues prises depuis une tour de la Défense, du 28ème étage.

Ensuite, Pankaj est passé. Nous avons réviser ensemble les didascalies en anglais et donné du sens par rapport au contexte indien. Je lui ai dis que je ne sais pas encore qui je vais choisir comme chef op, et que j'avais peur qu'il soit trop "opinion minded", la dernière fois je le lui avait sous-entendu en lui disant qu'il ferait mieux d'être réalisateur que chef opérateur. Cela fait plusieurs chefs op que je rencontre qui ont tendance à devenir les réalisateurs. Souvent, quand je propose une idée, il ne semble pas approuver la pertinence, du coup, j'ai le sentiment qu'il n'aime pas l'univers que je lui propose, bien que toutes les références que je lui donne lui sont familières, ce qui est le meilleur aspect de notre relation. Son mentor est Tarkovski... il a même vu "La roulette chinoise" de Fassbinder.
Mon point de référence pour le cher opérateur avec lequel j'ai vraiment aimé travailler, c'est Nicolas Pierratini, sur Diary of a Stranger, à San Francisco. En fait, toute l'équipe avait vraiment une attitude exemplaire et le tournage s'est déroulé dans une ambiance idéale. Nicolas abordait toujours mes propositions avec ouverture, sans passer par un filtre intellectuel, qui parfois sert juste à montrer que l'on est intelligent. Il proposait toujours à les enrichir, au lieu de les contrer. De cette manière, nous ne nous heurtions jamais, et il naissait toujours une magie lors des prises de vue. Je regrette vraiment de ne plus pouvoir tourner avec lui.

A minuit trente est arrivé Dhiraj avec l'impression du scénario qu'il n'a pas eu le temps de lire. Il m'a dit d'emblée qu'il fallait qu'il y ait plus d'action, car 90 % du scénario consiste en dialogues. Je lui ai dis que cela n'était pas un projet dans les standards de l'industrie. Quand il vient me voir, il a 15 heures de travail dans les pattes avec le meilleur réalisateur indien. Aussi, je comprend qu'il aborde le projet de la même manière. Je lui ai parlé de Rani Mukerji pour lui décrire le rôle, il m'a dit qu'il était avec elle une heure avant, et a ajouté (je me permet de la mettre car c'est en francais) "she's not a good human being, she manipulates people...". L'adjectif qui convient en anglais pour sa voix est Husky voice.
Il va m'envoyer demain une fille à qui il a demandé d'être mon assistante et Nimish, le producteur exécutif que j'attends depuis mon arrivée. Et apparement les jours suivants, des acteurs et actrices. Nous allons faire des feuilles avec les requirements, il m'a conseillé d'aller voir des gens comme Nitin Desai ou Puja Bedi avec ces feuilles de requirements "what you need". Il a lu la première séquenc et m'a dit que la traduction était du vieil hindi, que plus personne ne parle comme ça. Je ne comprend pas la langue de mon film et je ne sais pas quoi penser de cette traduction, car les lettres de Pessoa sont en portugais ancien car elles datent de 1920.
Il est parti rapidement pour aller vers un autre RDV, dehors l'attendait un jeune chaffeur de ricksahw qu'il m'a dit avoir loué pour deux heures.

A une heure et demi sont arrivés deux compatriotes de France, Frédéric et Pierre, du Fresnoy, que j'ai eu plaisir à retrouver, et le premier sentiment de se voir dans de telles conditions était étrange. Nous avons parlé longuement de cinéma indien, je leur ai parlé du projet en détail, et montré les médicaments ayurvédics que l'on trouve ici, médecine indienne à base de plantes, sans effets secondaires, et qui marche plutôt bien (j'en fais une cure!). La dernière fois, j'ai dévalisé la boutique Himalaya, car ces médicaments sont rares et coûtent beaucoup plus cher en France.

En fait, en revenant de chez Veeru, j'ai eu un malaise, je ne sais pas ce qui se passait, mais mes jambes tremblaient et je ne trouvais plus mes mots. J'avais à des moments l'impression que j'allais tomber ou que j'allais avoir une crise de quelque chose. Souvent je pense que je vais mourir, et que je vis mon dernier jour ; pour peu de choses et beaucoup de pressentiments. La nuit dernière, des esprits ont dérangé mon sommeil, comme à chaque fois, je ne sais pas pourquoi, j'ai récité inconsciement des mantras en sanscrit. Les esprits essayent de prendre mon corps, pour résister je me réveille, et souvent je ne veux plus me rendormir tant la sensation était terrible ; horrifiante, claustrophobique. Cette fois, j'avais vraiment envie de dormir, alors j'ai cherché le juste milieu entre le demi-sommeil et l'état d'éveil. Cela m'arrivait souvent à Paris, quand je vivais dans cette grande maison dans une impasse du vingtième ; il y a une chambe aux murs bleus, et j'ai fait là les rêves les plus horribles. Toutes les personnes qui sont venues dans cette maison ont fait des cauchemars en dormant dans cette pièce. D'après les différents témoignages que j'ai pu entendre, il semble que les esprits se cantonnent à la même pièce, à un même espace. Cela se retrouve notamment dans le récit de Eugène Green sur les fantômes du Fresnoy, finalisé en émission de radio.


Vendredi 10 février

11 : 39

La journée d'hier a été l'une des plus éprouvantes. Rencontre chez moi avec trois personnes. J'ai pris une chambre grande pour pouvoir m'en servir comme bureau pour les castings, répétitions, RDV...

Hier, à 14 : 30 est arrivée Vandita une actrice indiquée par Pankaj après que je lui ai fais la descritpion d'Adhiti.

Vandita a joué surtout dans des pubs, notamment une avec Aamir Khan où elle joue bien. Quand elle est arrivée, j'ai été agréablement surpris car elle était très proche de la description que j'en avais faite à Pankaj ; en plus elle avait l'air intelligente. Aussi, son habit jaune et bleu ressemblait au travail que je compte faire sur les costumes. Fernando et Ofélia sont nées respectivement un 13 et un 14 juin, et Vandita est née le 12, sous le signe du gémaux.

"Fernando commentait : "heureusement que nous ne sommes pas nés le même jour, parce que les couples qui fêtent leur anniversaire le même jour ne sont pas heureux." Il alla jusqu'à citer le cas du roi Don Carlos et de la reine dona Amélia.
Fernando était extrêment réservé. Il parlait très peu de sa vie intime ; il n'avait même pas ce qu'on peut appeller un ami intime (à cette époque, Mario de Sa Carneiro était déjà mort
(grand poète portugais, ami de Pessoa, suicidé à Paris à l'âge de 26 ans)) et il existe même une lettre dans laquelle il me dit : "il n'y a personne qui sache si je t'aime ou non, parce que je n'ai fait de personne le confident de cette histoire."
In Lettres à la fiancée, "Fernando et moi" par Ofélia Queiroz, Ed. Payot et Rivages, Paris, 1989

Ensuite est arrivée Bhavini Bheda, envoyée par Dhiraj pour être mon assistante.

Elle portait un habit penjabi (salwar kameez) comme Vandita, qui n'est pas un sari, car on n'en porte plus à Mumbai. Bhavini m'a semblé très professionnelle, elle semble être une bonne assistante, et en plus, elle est attentive à mes explications.
Alors qu'elle était en train de lire le script, est arrivé Swapnil, avec des documents à la main. La première chose qu'il m'a dit c'est "I'm a movie director", il m'a ensuite montré les documents qu'il avait dont un qui m'a beaucoup amusé, un certificat attestant qu'il a fait un workshop de "direction" avec un type de Hollywood. Je lui ai demandé la durée du workshop, il m'a répondu 3 days, "but it was very intense". Il avait aussi amené son film "made for the asian film festival". Nous l'avons regardé sur l'ordinateur, d'abord, le générique dure une minute trente, comme pour un long-métrage, son nom apparaît deux fois genre au début "a film by", puis "a film directed by" à la fin, comme Howard Hawks. Film tourné en DV sans grand interêt qu'il voulait me montrer les décors qui pourraient me sevir. Le personnage porte une perruque, je lui ai dis qu'il devrait faire une scène chantée où le personnage ôte sa perruque en se présentant à la fille et qu'elle lui fasse un bisous sur le crâne...

Ensuite Vandita est revenue pour voir mes films et faire des lectures. Je me suis retrouvé avec trois RDV à gérer en même temps, aussi je jonglais quand un regardais un film, que l'autre lisait le script, je parlais avec le troisième...
Bhavini s'est site interressé pour travailler sur le projet à condition d'être défrayée, ce qui va de soi. Swapil semblait attendre à être payé, sans vraiment savoir ce qu'il allait faire, il m'a dit "I'm a movie director, I can do everything", et lorsque Vandita lui a demané 'did you make this movie?" il a répondu "I'm a movie director". Tout cela m'a beaucoup amusé. Vandita m'a dit qu'elle aurait besoin de lire le script avant de me dire si elle était interressé. Pressentant qu'il me serait peut-être difficile de trouver une actrice plus proche du rôle, j'ai du sortir l'arsenal intellectuel pour la convaincre que ce film était le meilleur film jamais réalisé en Inde ! Je lui ai montré des séquences de Bonjour de Ozu, et de Pickpocket de Bresson ; je crois que tout cela a marché car à la fin, elle m'a dit qu'elle était interressée.
Entre deux, nous avons fait des lectures en hindi. La traduction étant tellement mauvaise qu'elle a fait des lectures bien meilleures en anglais ; cela était aussi certainement du au fait qu'elle été dans une école anglaise, comme tous les enfants de bonne famille en Inde. Finalement à l'issue des lectures, c'est moi qui était un peu déçu. Il y a aussi chez elle un côté épais dans le sourire, un manque de finesse, qui ne va pas avec le rôle bien qu'elle ait exactement le tempérament que j'ai vu chez Rani Mukerji. Elle doit normalement repasser aujourd'hui, je lui ferai encore faire des lectures. Ell
Enfin, à onze heures est passé Nimish, Producteur exécutif en devenir, ancien étudiant en montage du FTI. Très sympa, efficace, il est allé droit au but. Il part le 21 dans le Bihar our 35 jours pour tourner un long-métrage. Il m'a fait des listes de ce que devaient contenir le "breakdown" qui je crois correspond au dépouillement en France. Il beaucoup de contacts et m'en a laissé quelques uns, dont Yogendra Singh, un directeur de casting. A la fin, il m'a dit qu'on pouvait aussi essayer d'avoir des acteurs connus, des gens comme Aamir Khan sont prêt à s'investir sur ce genre de projet. Il m'a dit que le fait que ce projet est international peut attirer beaucoup de monde. Cela m'a rassuré, bien que c'est vrai que de monde il ne manque pas pour l'instant. Si tout se passe ainsi, je pourrais reprendre des scènes que j'avais enlevé de la version précédente (celle d'avant le budget) qui comprenait dix acteurs...).

17 : 35

Je viens de prendre la décision de tourner tous les intérieurs dans les studios de Nitin Desai. Nous allons pouvoir ainsi travailler avec un maximum de contrôle et des conditions optimales...
J'avais RDV ce matin avec Swapnil à 11h pour que nous déjeunions ensemble, il m'a fait attendre toute l'après midi en retardant heure après heure ; j'ai vraiment l'impression qu'il se fout de moi et je vais le remettre en place, je lui ai déjà fait comprendre au téléphone. Par ailleurs, Bhavini a trouvé du travail pour trois jours et n'a donc pas pu venir, elle va m'envoyer une liste de lieux de tournage à visiter. Mohit se bouge bien, il au moins disponible.
Nitin Desai a nommé une fille du nom de Rujuta pour qu'elle prenne en main le projet. J'espère qu'elle va me rappeller pour que nous nous voyons et entrons dans le détail des décors. En tournant en studio, j'ai l'impression d'être dans le fantasme de Bollywood, la machine à rêves.
Ce soir, Frédéric et Pierre reviennent de Pune, Mohit leur a trouvé un hôtel en bord de mer, à Juhu, comme ils vont pouvoir se reposer. Mohit devient efficace, je lui ai demandé d'aider à organiser les castings et mes RDV.


Samedi 11 février

12 : 00

Hier, j'ai attendu ce Swapnil toute la journée ; il m'a rappellé ce matin et dit qu'il arrivait. J'étais vraiment en colère contre lui...
Alors j'ai réussi à voir Bhavini qui sortait de son travail qui se trouve juste à côté (en fait, tout le travail dans le cinéma se trouve à côté). Elle m'a rassuré, je suis content qu'elle soit mon assistante car elle est précise et motivée. Elle est venue voir Dhiraj pour savoir s'ils avaient du travail pour elle sur le prochain film de Bhansali (qui est en ce moment le réalisateur N°1 en Inde), Dhiraj lui a dit qu'il n'avait pas de place dans son équipe, mais qu'il y avait ce projet de film francais... en fait, elle a quitté son travail avec Ram Gopal Varma, pour pouvoir bosser sur "Aditi Singh"...
Elle m'a rassuré en me disant que pour le film long de Ram Gopal Varma, ils n'avaient les décors que pour les cinq premiers jours de tournage alors qu'il y a en avait quarante.
L'Inde fonctionne comme ça, j'avais déjà entendu des histoires similaires avec les scénarios, qui sont écrits parfois quelques jours à l'avance. Ici, tout peut se passer au dernier moment.
Nitin m'a dit que pour le décor de la dernière chanson de Devdas (le décor en rouge, avec Ash et Madhurai Dixit), il a mis six jours pour le construire ; pour Mangal Pandey, il a reconstitué une rue en trois jours. Et ce qui est incroyable, c'est que son studio est un simple terrain, il peut construire des décors immenses en extérieur, car il n'y a pas de risque de pluie...
Nous avons fixé des dates, ce qui me rassure. Nous allons visiter des décors mardi et mercredi et jeudi nous ferons les auditions des acteurs.

Ce matin, à peine réveillé le téléphone commence à sonner sans arrêt, je n'ai pas le temps de me raser... Mohit m'appelle pour me parler d'une 'little important thing', il me dit que Rani Mukerji n'a pas de travail pour un mois et demi, car Amitab Bacchan est malade. Ash travaille sur des projets internationaux, Rani est en ce moment l'actrice N°1, elle peut donc être intérressée par ce projet, qui est international. Il me dit de n'en parler à personne, complètement excité. Il est efficace mais il a le défaut de parler à deux cents à l'heure le plus souvent pour rien, ce qui m'agace. Je vais en parler à Dhiraj ce soir, puisqu'elle joue dans le prochain film de Bhansali.

Hier soir, j'ai dîné avec Frédéric et Pierre qui revenaient de Pune assez contents d'avoir rencontré le directeur du National Film Archive et vu les films de Mani Kaul, entre Bresson, Pasolini et Paradjanov.
Nous leur avons trouvé un hôtel en bord de mer, après le repas nous avons pu aller marcher sur la plage.

 

Mardi 14 février

22 : 45

Que de RDV, de rencontres, de tensions, de difficultés, de tempêtes psychologiques.
Il faut constamment lutter pour arriver à avancer.

Le film commence à prendre corps ; j'ai choisi Pankaj comme Chef opérateur. Nous avons eu hier soir une discussion passionante sur Ozu et Godard, et nous tombons souvent d'accord.
Ce matin j'ai été au bureau de Nitin Desai, et ses assistants vont prendre en charge les décors/accessoires (production design) ; ils vont aussi nous aider à trouver des décors et tout cela par amitié.
Après être arrivé dimanche au plus bas de la vague, je me suis levé hier en réalisant que de toute manière cela allait marcher, il ne sert donc à rien de s'inquiéter, et de faire de la négativité de la négativité de la négativité...
Tout va bien, et la journée d'hier a été excellente. tout le monde était à l'heure, l'ambiance était vraiment amicale. J'ai aussi réalisé que le tournage devait se baser sur un principe d'amitié, car notre façon de travailler n'a rien à voir avec les canons de l'industrie, dont le travail correspond à des standards et des habitudes fondées sur des fins - on le sait - mercantiles. Aussi, j'ai réalisé que les gens qui s'investissent sur le tournage ne doivent pas attendre les mêmes conditions que celles de l'industrie. Mohit qui est vraiment ultra-motivé l'a bien compris et ne cesse de me questionner sur ma façon de travailler. Sa copine est l'associée de Bhansali, et il en veut, car il veut rattrapper son retard professionnel sur elle. Je vais le faire assistant réalisateur car il est vraiment motivé. Sa copine, Shalu, va lui expliquer comment faire le breakdown et il va le faire demain.



J'enchaîne les auditions par à-coups.
Hier j'ai auditionné Moulli, une amie de Samta, la femme de Veeru qui travail sur le texte.Moulli est vraiment vivante, elle a presque la même voix que Rani Mukerji, et a joué avec Ajay Devgan dans le dernier Rituparno Gosh, cinéaste indépendant Bengali. Veeru et Samta sont vraiment sympa avec moi et me soutiennent inconditionnlement, ils sont des amis. Samta a trouvé des livres de Pessoa qu'elle va commander.


Hier est venu un acteur de Jaipur qui a étudié dans la même université que mon grand ami Bhoomesh, il connaît aussi Aalok et Sabir, il s'appelle Nitin Goswami. C'est un ami de Dhiraj et Dhiraj a pensé à lui en voyant deux photos de Pessoa, une lorsqu'il a douze et l'autre lorsqu'il a vingt ans.

Sa lecture était correcte, mais je ne crois pas qu'il ait le langage corporel correspondant...

Ce matin en revenant des bureaux de Nitin Desai, j'ai bien aimé le sari orange que portait cette fille.

 

Petit retour rapide sur la journée de samedi. Swapnil qui m'a mis un vent toute la journée de vendredi est arrivé avec un énorme 4x4 pour m'emener visiter des appartements des amis à lui avec qui nous pourrons tourner gratuitement. Voici donc les personnage que j'ai décrit plus haut.

Nous avons vu deux appartements. Il y avait un type dont j'ai oublié le nom et qui est "Osho Sanyasi", un disciple de Osho, renoncant ; il vit en faisant de l'astrologie. Il pratique le tantra. Je l'ai pris en phot en train de faire une lecture des mains à Swapnil.

Nous sommes ensuite allés chez le sanyasi. Voici la photo de son maître Osho.

Et son horloge en forme de yantra tantrique.

Enfin, le sanyasi/astrologue/chiromancien appellé un ami à lui écrivain engagé pour lui demander s'il était intérressé par me rencontrer. J'ai immédiatement senti quelque chose de très fort dans sa présence et j'ai pensé que pour jouer Rajiv, un écrivain serait la meilleure personne. Un acteur n'est pas un écrivain...
Nous sommes ensuite allés chez lui, Vijay Pundith, il a conçu son intérieur comme une scène de théatre. C'est un intérieur typique d'artiste de Bombay, et je vais m'en inspirer pour l'appartement de Rajiv. Les photos ci-dessous sont celles que j'ai envoyé aux décorateurs cet après-midi. Ce que j'ai aimé, c'est qu'il n'essaye pas d'avoir quelque chose. Il rit beaucoup aussi.

La vue d'ensemble, je pense utiliser des tapis au sol pour filmer à la hauteur des yeux quand on est assis, comme Ozu.

Les lumières du plafond.

On voit ici, les statues exotiques qui meublent qu'aiment les artistes indiens dans leurs intérieurs. Nous avons pensé en parlant avec Pankaj qu'il faudrait mixer avec des peintures occidentales, j'ai avancé les noms de Kandinsky, Matisse et Cézanne.

Voici enfin un autre plan dont je me sers comme exemple pour les plans fixes que je veux introduire entre chaque séquence de lettres. Ces plans sont destinés à donner de l'espace au spectateur. Ils ne contiendront pas d'acteurs.

Sabir Khan (Rajiv Kumar) m'a envoyé un commentaire sur la première traduction du scénario qui circule actuellement. Je le met ici, car au fond, Rajiv Pereira, c'est un peu Rajiv Kumar jeune :

Dear Michael,I read the script, once I found that some places the dialogues are poor and Bambaya commercial Film Style, which looses the dignity of the character and the relationship,
Especially the Rajeev can not uses that kind of language, because he his elder and matured person than Aditi. Aditi’s infatuation toward Rajeev I think it is psychological
Natural attraction of opposite sex like OEDIPUS COMPLEX, like doughter love more her father than mother, and son love his father than mother, I found this is the main attraction or motivation of her love to Rajeev, instead of her boy friend who is the in same age group of Aditi, so at least Rajeev should behave and love her according what he is, Its my impression I don’t know what you have imagined and interpret this relationship or love , but development is good, and I think Train scenes will be costly, and problematic, in Bombay.
1st to 4th March I have the Seminar and consultation program here in Jaipur and its already fixed two months back. So tell me , your final schedule.
Have you met to Noumi , he was in Jaipur last week and I think now he should be in Bombay. Mail me again your views I will read again the script, this time my computer printer is not working even than I will read it again.
Sabir Khan

Il est 23 : 37 et demain je me lève encore à 6 h pour faire des repérages dans le sud de Mumbai après quoi enchaîneront cinq ou six RDV étalés sur la journée.... à suivre.


FÉVRIER
 
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