MARS

 

 

Aditi Singh

 

 

 

Mercredi 1 Mars

01 : 09

Dix jours avant le tournage.
Je me suis rendu compte de mon extrême naïveté à faire confiance à tout le monde... Je ne suis pas habitué à une industrie commerciale comme on la pratique à Bombay. Ici, je suis considéré comme un riche et trois quart des gens derrière la première impression de générosité sont en vérité intérressés et prêts à tout pour arriver à leur fins... Pensant que parce que je suis blanc, j'ai beaucoup d'argent.
Aussi, l'arrivée d'Aalok aujourd'hui va certainement éviter des galères. Il a déjà été deux fois en France et sait que nous ne sommes pas si riches que ça... Aussi, je sais que je peux complètement compter sur lui. Je suis quand même très content de l'ambiance générale de l'équipe, qui est devenue assez soudée et amicale : Pankaj, Rambhavan, Mohit, Vijay, Vandita, Rajeev et maintenant Aalok.
Il ne reste que 10 jours avant le tournage et je sais d'avance que les derniers jours vont être chaotiques, mais que puis-je y changer ?


Vendredi 3 mars

11 : 05

Réveil tardif, longue méditation. RDV av Shripi, une costumière amie de Vandita. A 12H, RDV à Goregeon avec Pankaj pour aller parler avec le responsable des stocks Fujis pour avoir un prix sur la pellicule. Ensuite nous allons sur le tournage de Amitab, un chef op qui possède une caméra 16 mm et qui est prêt à nous la céder gratuitement. Pankaj était le seul étudiant du FTI à utiliser de la pellicule Fuji. Hier, nous avons passé l'aprés-midi sur les décors et choisi le bureau dans lequel nous allons tourner. Il est de très bon conseil pour la lumière. Je lui ai donné ma vision et les idées qui sous-tendent la façon dont la prise de vue doit fonctionner.
Je lui ai expliqué que la délectation des images comme elle opérait dans Diray of a Stranger était reliée à la psyché masculine et que pour Aditi Singh, elle serait reliée à la psyché féminine. Cela pour lui faire comprendre l'effet que devrait provoquer la prise de vue sur le spectateur. Dans Aditi Singh, les cadres et les prises et les lumières seront très ordinaires. Lorsqu'il y aura des acteurs nous nous concentrerons principalement sur eux, conservant les espaces en fond. Lorsqu'ils ne seront pas là, nous éffacerons la présence du cadre et ne captant que des simples moments de réalité.Dans l'ensemble, l'espace autour des acteurs aura autant d'importance qu'eux. Je veux finir la fin sur une expérimentation. Les meilleurs fins de film sont celles de Fassbinder, car il finit toujours sur une déconstruction du récit, voir 'L'année des treize lunes', 'le mariage de Maria Braün', 'Maman Küsters s'en va au ciel'. Autrement, les fins sont toujours communes et décevantes. Pour Rajiv Kumar, c'est pour la fin que j'ai eu le plus de mal et je ne suis toujours pas satisfait de la fin actuelle, alors que je suis satisfait de la fin de Diary of a Stranger qui m'avait été conseillée alors par Dider Morin. Une fin ne doit pas avoir de sens, ni nier le sens du film. Je préfère les fins fermées aux fins ouvertes, la fin qui m'a le plus mis un coup de poing dans le ventre, c'est la fin de 'Le droit du plus fort', ou la fin des 'Larmes amères de Petra Von Kant'. Je n'aime pas les fins (ni les films d'ailleurs) de Luc Besson.
J'ai déjà la séquence de titre en tête. Le son de la ville avec les klaxons, et les titres écrits en Dev Nagiri sur du papier des lettres fait à la main. Quelque chose de très brut et direct, qui sera mis avant le film.

Hier, nous avons rencontré le responsable de la circulation de la police et nous avons obtenu l'autorisation pour tourner dans la rue qui se trouve derrière l'université et dans Princesse Street. Cela grâce à Hughes Jacquet du Consulat qui a du envoyer 16 lettres pour avoir ce RDV...
Ensuite, RDV avec une assistante de UTV Motion Pictures, producteur de 'Rang De Basanti', le film à succès du moment dont on trouve la critique en février. Elle nous a dit qu'ils ne produisent pas les Courts-métrages. L'échec de l'entretien nous a réveillés, comme une noix de coco qui vous tombe sur la tête. Pankaj, réalisant que je cherchais à monter une équipe (oui, une semaine avant le tournage, je commence à y penser...) m'a dit qu'il connaissait des gens.


Samedi 4 mars

00 : 57

Je viens d'avoir grâce à Mohit la copie de 'In the mood for love'. Après avoir passé le film rapidement, je me suis rappellé que la réussite du film était dûe en partie à la fin et à son absence de message ou de conclusion, à son côté déroutant, même, et si différent du reste du film.

Retour de chez Veeru. Comme toujours, il a abondamment parlé, et je retiens un bon de ce qu'il a dit, que je vais tester, c'est de ne pas être commercial avec les gens, si l'on ne veut pas qu'ils soient commerciaux avec vous. J'ai pensé à cela aujourd'hui après le meeting avec Sanjay F. Gupta, un chef op fameux ici. Nous l'avons sollicité pour avoir la caméra gratuitement, mais son assistant avait déjà avancé 7000 rs/jour, et j'ai eu beau avancer des arguments, rien n'y a fait... De toute façon, nous avons la caméra de Amitab Singh gratuitement, ce qui déjà vraiment génial. Après notre RDV avec Fuji Films, nous avons réussi à négocier 50% d'économies sur la pellicule avec Pankaj, nous avons du bien lutter et nourrir le tout de bons arguments. Cela représente une économie de 700 Euros sur le budget...Nous négocions ainsi sur tout. Je suis d'un autre côté à essayer d'avoir les tissus gratuitement pour les costumes.
Je suis épuisé et je regrette amèrement de ne pas pouvoir plus me concentrer sur le scénario et sur les acteurs ; je passe les trois-quarts de mon temps en production, car, même si quelqu'un s'en charge, cela ne marche pas si je ne suis pas là, du fait que je sois français et que je suis le réalisateur... Si seulement, je pouvais passer mes journées à travailler avec les acteurs, et sur la prise de vue... Je ne serais pas autant éprouvé, car je le suis tellement, que j'ai cru à plusieurs reprises aujourd'hui que j'allais faire un malaise.

La présence d'Aalok est vraiment providentielle, il y a enfin une personne sur qui je peux compter complètement. Il ne va rien foirer, et il prend des initiatives. Demain, nous partons de la chambre et je ne sais pas encore où nous allons aller. Je sais seulement que j'ai récupéré l'argent qu'ils me devaient et que j'ai annoncé notre départ à 6 pm.

Ni joie ni tristesse,
Mon corps est vide.


Mardi 7 Mars

01 : 44

Trois jours avant le début du tournage...
Rien n'est encore sûr. Nous ne savons ni quelle caméra, ni quel matériel son, ni quel décor pour Aditi, ni pour les figurants, ni pour les costumes, ni pour le rôle de Rajiv...
Pourtant je sens que nous allons y arriver. Ma plus grande douleur est de ne pas avoir assez de temps pour répéter avec les acteurs. C'est comme une injustice, après tout ce temps de préparation pénible et laborieux, je voudrais ne pouvoir que me consacrer à la partie artistique, mais je suis à moitié producteur, et je dois sacrifier le temps que je pourrais passer à travailler concrètement en coups de téléphones et e-mails. Pourquoi ? Car le projet se monte sur le fait que je suis français, aussi je dois assister à tous les entretiens et contacter toutes les personnes. Mes assistants sont un peu perdus et ont du mal à envoyer trois e-mails. Pourtant, malgré que ce soit chaotique, J'aime ces moments intenses qui précèdent les tournages, car on ne peut plus reculer, on a plus de temps pour soi, ainsi on est complètement présent, dans l'action. On peut s'abandonner dans l'action.
La fille qui va faire les costumes est vraiment géniale ; nous avons été ensemble voir Krsna Mehta et nous avons choisi dans un premier temps les couleurs, ensuite, nous avons choisi les motifs, avec le fond. Aditi portera le même Salvar Kameez penjabi dans toutes les scènes, mais la texture changera d'une scène à l'autre. Ce qui est intéressant, c'est qu'en fait tous les choix que nous faisons ne sont pas réfléchis, nous écoutons notre première impulsion, notre première impression.
Ce matin, première répétition dans l'auditorium de l'Alliance Française. Avec Rajeev et Vandita, nous avons disposé deux chaises sur la scène comme dans le bureau. Je les pousse à faire des lectures énergiques, sinon je crois que l'audience va s'endormir avec ce texte aussi long. Aussi, chaque scène est traitée séparément et possède une ambiance propre. Les lectures seront presque toujours rapides. Je les pousse à trouver un rythme qui soit proche de la chanson, de l'incantation, à trouver l'espace dans le plein. Je ne saisi pas le sens de ce qu'ils disent, et grâce à cela je me sens plus à même de les aider à trouver la forme. Je les pousse à supprimer toute psychologie, toute tentative d'expression, mais cela est interprété de travers, et devient plat... A force de rectifications nous aboutissons au résultat voulu, la seule choses est que j'espère que nous aurons assez de temps pour y arriver...

 

Mardi 7 mars

22 : 00

Répétition dans la chambre de l'hotel que nous partageons avec Aalok. Autant Rajiv que Vandita ont bien intégré la session de l'Alliance Française.
Rajiv a manifesté un passage à vide en fin de journée que j'ai trouvé positif, car il commence à s'abandonner. Jusqu'à présent, il essaye trop de bien lire pour impressionner ; aussi j'insiste tout particulièrement sur le fait qu'il devrait lire comme s'il lisait pour lui. Je me rends compte encore une fois, que ce film est relié de manière très directe à la pratique de la méditation, et que la façon dont je me me relie à eux l'est aussi. Je partage à présent ma chambre avec Aalok, je n'ai plus un moment pour moi, car l'emploi du temps ne le permet pas. Pourtant je trouve cela plaisant, de ne plus avoir d'espace intime, de vie privée, de cocon à soi. Cela nécessite un certain abandon similaire à celui que j'exige de Rajiv.
Vandita travaille beaucoup et a même écrit des notes en anglais que je vais publier ici, elle commence à trouver le ton juste et personnel et pour Rajiv je sens que cela va venir aussi.
J'essaye de briser le côté formel des rencontres de différentes manières et je leur donne des exercices pour leur montrer les attitudes. Je suis le texte hindi en sachant à quoi cela correspond, en connaissant l'anglais par coeur. Au fond, le fait de ne pas comprendre la langue ne semble pas être un problème, cela exige de laisser tomber les points de références pour entendre différement pour entendre à nouveau les sons. Les syllabes de l'hindi sont très rythmiques : 'thum', 'bhavan', 'thike', etc...


Jeudi 9 mars

00 : 16

Quelle fatigue !
Quelque lignes avant de dormir.
Je voudrais surtout parler de Aalok et de combien il est merveilleux. Tout le monde l'apprécie directement. La dernière fois, nous étions avec Pankaj dans le bureau dans lequel nous allons tourner et les types nous ennuyaient et nous demandaient notre autorisation écrites. Aujourd'hui nous y étions tous les quatre avec l'assistant de Pankaj et Aalok est rentré seul dans le bureau et a sympathisé avec les types et arrangé pour avoir une imprimante pour Aditi et des grandes piles de papier pour le décor. Quand nous sortons de l'hotel, il dit bonjour au gardien que je n'avais même pas remarqué et il met ses mains jointes sur son coeur quand il voit les garçons de l'hotel.
Rajeev est en train de mal triper car je suis trop distant avec lui et trop proche de Vandita. Je n'arrive pas à communiquer correctement avec lui et je n'en ressens pas vraiment le besoin. Son jeu est trop théâtral les habitudes du théâtre trop ancrées en lui. Il travaille dur et est totalement 'dédicaté' au rôle, mais il refait toujours les mêmes choses que j'essaye de changer. Surtout le ton affecté qu'il prend pour lire, qui est complètement différent de celui qu'il a quand il parle. Alors que Vandita arrive à sortir de ses habitudes, et à vivre le rôle, Rajeev amène avec lui le théâtre. Le ton ressemble trop à la déclamation, beaucoup trop classique, je n'ai jamais supporté ça au théatre et je serais triste que cela arrive dans le film.
L'une des notions sur laquelle je travaille en ce moment, c'est la non-régularité, le côté très manuel de l'Inde, où tout est fait à la main. Quand nous avons choisi les motifs pour les impressions pour les costumes pour Aditi, nous n'avons, avec Shriti, choisi aucun motif qui se répétait de manière identique et régulières. C'est l'une des choses flagrantes ici pour un occidental, ce qui paraît le chaos ambiant recèle en vérité beaucoup d'organisation. A commencer par la route, quand on arrive de l'aéroport, on a l'impression qu'on va se cracher à chaque carrefour, pourtant, l'Inde a un très faible taux d'accidents... Pourquoi ? Car on ne peut pas rouler vite, il y a tellement peu de règlementation que si accident il y a, cela causera la plupart du temps peu de dégâts.
Alors que cela fait bientôt deux mois que je suis là, j'apprécie plus, et j'essaye parfois de me remémorer comment est la France, Paris, la Suisse... En fait, de manière relative, j'ai intégré comme un nouveau référent le paysage local. Tout les matins nous prenons le train local pour aller répéter à l'Alliance Française, dans l'Auditorium, mis à notre disposition par Patrick, qui nous soutien de manière si spontanée et providentielle.
J'ai aussi dit à Vandita que je travaille sur un aspect formel plus que logique, c'est à dire narratif. Elle a besoin de comprendre pourquoi le personnage lit comme cela ou autrement. Depuis le début je leur explique tout sans rien cacher. Et je me suis rappellé du conseil d'Andreï Tarkovski qui dit dans son 'Temps Scellé' que les acteurs ne devraient pas savoir ce qu'il jouent, et Bresson qui refusait que les modèles prennent connaissance du script ; ce que j'ai toujours fait jusqu'à présent.
J'ai expliqué à Rajeev que je travaille par tâtonnements, et que je n'ai pas de méthode précise, et c'est la même chose que je veux qu'ils fassent. Ils reviennent toujours à un terrain 'sécur' mais je les pousse à trouver des moyens non préparés à l'avance. Et je crois qu'ils apprécient cela.

Aalok me dit 'do you know 'Antony Artud' ? He's such a great man... he relate life and theatre, it's the same thing, "


Jeudi 9 mars

23 : 16

Nous avons pu retarder le tournage. Nous aurons donc quelques jours de plus pour nous préparer. Ce qui rassure bien. Il y a maintenant une bonne équipe en place et je suis confiant. Il reste à régler quelques éléments matériels.
Petit récapitulatif de l'équipe :

- Producteur exécutif : Rambhavan Yadav
- Online producer : Mohit Sharma
- Assitant director : Nikita
- Chef op : Pankaj Kumar
- Sound recordist : Gunjan Sah
- Art director : Aalok Pareek/Rujuta (Nitin Desai)
- Costume artist : Shriti Banerjee
- Male Lead : Rajiv Mishra
- Female Lead : Vandita Vasa
- 2nd part : Virendra Saxena, Vijay Pundith.

Mohit et Ram ont selectionné des figurants syndiqués, qu'on appelle 'Union' ; en fait, il est interdit à Bombay de tourner avec des figurants non-syndiqués.
Nikita est arrivée hier dans l'équipe, et c'est un atout. Finalement, c'est elle qui est allée porter la lettre du Consulat à l'université pour demander la permission de repousser le tournage d'une semaine. Alors que le type nous a mal acceuillis systématiquement, lorsque c'était elle, il l'a acceuilli à chaque fois avec un grand sourire. C'est le genre de type qui occuppe le même poste depuis vingt, qui n'a pas de pouvoir, et qui s'amuse à vous faire attendre trois heures, à vous faire revenir trois fois et à vous demander de revenir avec une lettre comportant un papier à en-tête du Consulat...
Nous allons donc commencer le tournage dans le train dimanche, très tôt le matin pour éviter la foule. Depuis une semaine, nous restons avec Aalok à l'hotel à Andheri, dans la périphérie, et nous prenons le train tous les matins pour aller dans le centre pour répéter à l'Alliance Française. Le train me semble un lieu complètement adapté au cinéma. Il est toujours bondé et la façon dont les gens le prennent paraît au début totalement sauvage et petit à petit, je me suis rendu compte qu'il était plus chaleureux que le métro parisien. Précision, le train local remplace ici le métro ou le RER. C'est le seul moyen de voyager rapidement dans Bombay, et c'est une vraie peine. La foule attends sur le quai ; lorsque le train arrive, les gens commencent à sauter avant qu'il ne soit arrêté et d'autres se jettent dedans au même moment pour avoir des places assises. Ce matin, j'ai essayé d'en prendre deux sans succès tant ils étaient pleins ; et il faut voir ce que signifie 'plein', des gens dépassent de partout, par les ouvertures qui remplacent les portes. Ils s'accrochent d'une main et laissent un pied pendre dehors. Si on pousse bien à l'entrée, on peut trouver un peu d'espace esquiché entre les gens. Il est parfois dur d'en sortir et il faut se préparer à l'avance si l'on veut en sortir, car il n'y a aucune règle stipulant que l'on doit laisser descendre avant de monter. Il y a des compartiment pour les hommes et d'autres réservés aux femmes. Je crois que le train pour tout cela est l'endroit le plus passionnant à Bombay pour tourner des films.


Dimanche 11 mars

20 : 35

Je suis très peiné et même peu envie d'en parler tant ce genre de situation est embarrassante. Au dernier moment, tout le monde s'est dégonflé pour tourner dans le train sans permission. Je me suis rendu compte que je m'étais fourvoyé sur une partie de l'équipe, et je préfères ne pas prononcer de jugement trop vite. Nous avons fait une réunion hier pour préparer le tournage d'aujourd'hui. Réunion qui n'a servi qu'à chacun de rejeter le blâme sur les autres. Cette attitude des plus néfastes m'a fait beaucoup de peine. Je ne saisis pas tout ; heureusement, Aalok est là, toujours aussi droit, toujours parfait. Je voulais préserver les acteurs de la situation ridicule imposée par certaines personnes de l'équipe, et par un malencontreux hasard,ils se sont retrouvés au milieu de cette débâcle. Bien heureusement, ils ont vu clair dans le petit jeu, et n'ont pas pris peur.
Cette situation incomfortable, est redoublée d'interrogations tant tout le monde y met du sien dans un autre sens. Nous avons cette fois tout prévu pour

préparer le tournage

du week-end prochain. (en fait, nous avons repoussé tout le tournage... au 17-18-19).

*

Aujourd'hui, nous avons changé d'hôtel avec Aalok, pour l'hotel 'New Bengal', situé dans le quartier de Witti, non-loin de Churchgate, c'est à dire le centre-ville. Nous payons moins cher, et tout est mieux. J'ai quand même pris une vue

de la chambre du Mid-Town hotel

avant de partir.

10. Int. Nuit. Appartement de Rajiv.

Rajiv est chez lui en train de fumer une cigarette. Mahendra entre et lui remet une lettre. Rajiv lui donne un billet et Mahendra repart. Rajiv commence à lire à voix haute :

Mon Rajiv que j’aime pour toujours,
Comme je suis presque toujours en train de faire de la couture à la fenêtre, je vois qui passe,
mais il se pourrait que je ne te voie pas,
alors quand tu passes par là, fais un ou deux petits tours sur la place jusqu’à ce que je t’aperçoive, parce que j’ai toujours dans l’idée que je peux te voir,
et je suis donc à demi tournée vers la rue pour te voir.
Tu sais que je veux te voir tous les jours.
Aditi « Kumar » (si ça pouvait être vrai !)

*

J'ai vraiment l'impression d'être insignifiant,
Le monde est vaste.

*

LA LUMIÈRE DANS LE TAXI

 

Lundi 13 mars

23 : 38

Premier jour de tournage.
Quel soulagement ! Je vois enfin que c'est possible, que c'est concret. Tout s'est bien passé, ou presque à part le son qui manquait, que nous referons la semaine prochaine avec Gunjan.
Nous avons pris tous les plans fixes qui viendront s'insérer entre les séquences. C'est vraiment pasisonant de rechercher des cadres. Pankaj m'a dit qu'il n'aurait jamais cadré ainsi. Nous n'avons pas fait des beaux cadres, mais des cadres très ordinaires, des lumières oridnaires. J'ai banni toute perspective de rue ou autres, et imposé le seul usage de l'objectif de 25 mm qui correspond au 50 mm en 35 mm.

Il y avait deux 'attendants' avec la caméra, l'un pour la caméra Arriflex SR II, et l'autre pour le pied. Plus l'assistant de Pankaj, Johesh. Plus un chauffeur qui n'a pas décollé de la voiture. L'Inde limite le chômage tant la main d'oeuvre y est abondante et les petits métiers multiples. Je disais à Pankaj qu'ici, avec 20 citrons, 6 verres et une planche de bois, on peut ouvrir un stand de citron frais dans la rue et gagner sa vie.
Nous avons pris de nombreux plans dans la rue, avec les gens, les passants, les piétons. J'ai privilégié les piétons et les animaux, car je trouve que les voitures ne rendent pas visuellement quand on les filme à même la rue. Nous avons même pris des plans des trains à la gare de Marine Lines. Puis Princesse Street à plusieurs moments du jour et puis la nuit.
J'ai essayé de découper les objets et les lignes avec le cadre, et de faire des plans qui ne se concentraient 'focus' sur rien de spécial. Des plans qui contenaient des actions multiples, mais sans acteurs. D'un côté, ces plans ne montrent rien, ils sont simplement pris sur le vif, comme du documentaire, d'un autre côté, les lieux sont reliés à l'action du film, et ces plans introduiront les différents lieux.


Demain matin, répétition à l'Alliance Francaise. Je prend une heure avec Rajeev seul pour commencer car nous avons encore beaucoup de travail sur son rôle. Je suis très inquiet et j'ai par moments des doutes qu'il ne soit pas la personne juste pour ce rôle. Bien que visuellement, sa présence à l'écran est bonne, il semble lire les lettres, comme si elles lui étaient extérieure. Car, à l'intérieur de lui, cette histoire ne semble pas trouver d'écho. Il a besoin de rôles pour faire démarrer sa carrière, mais je ne crois pas que son investissement soit juste. Il devrait commencer par oublier sa carrière et par oublier l'idée de devenir un acteur. Ses lectures sont parfois très justes, et parfois complètement à côté de la plaque. On sent bien qu'il lit pour quelqu'un, que cela n'est pas personnel. Il est complexé par Vandita qui arrive à synthétiser le personnage, elle se raconte des histoires relier le personnage à sa propre vie, elle est ainsi complètement concernée par ce qui concerne son personnage. Heureusement, elle a deux tiers de temps à l'écran. Et nous avons bouclé preque toutes les scènes. Je prévois la journée de jeudi en entier pour répéter avec les costumes et filmer en vidéo les actions pour tester les points de vue. Nous n'avons que 10 bobines de 16 mm, ce qui veut dire 110 minutes de temps de tournage.

 

14 mars 2006

22 : 53

Enfin une soirée calme. Ayant été au BNP paribas de Bombay, je n'ai pas pu joindre les autres pour aller aux studios de Nitin Desai repérer le décor pour la chambre d'Aditi.
Chaque jour, il y a tant de choses qui méritent à être racontées, mais que j'oublie le soir venu.
Ce matin, la séance avec Rajeev a été fructueuse. J'ai été un peu violent, mais je crois que c'était ce dont il avait besoin pour

sortir de ses gonds.

Il n'arrive pas à se lâcher, à laisser être ses émotions. Il est parvenu à faire sortir quelque chose de très personnel, et nous devons encore travailler pour trouver de l'espace. Il a une bonne présence quand il me parle directement, et quand arrive la scène, il stop tout, respire un bon coup, et tout devient complètement faux, perd de crédibilité. J'ai essayé de lui faire perdre la limite entre le moment où il joue quelqu'un et lui-même. Il était très agité après tout cela et

s'est justifié.

J'étais en train de le traiter de tous les noms quand est arrivé Vandita. Je ne l'ai pas laissé le temps d'arriver et j'ai rapidement enchaîné sur ses scènes. J'ai été vraiment agréablement étonné par la force et la vraisemblance de sa présence. Elle pleurait vraiment et ne se forcait pas. Quand elle joue, elle n'est pas Aditi, elle est Vandita, et Aditi à la fois... Je sens que nous avons trouvé le personnage d'Aditi qui est central au film.

Shriti est venue ensuite pour lui faire essayer des costumes. J'ai été agréablement surpris du rendu des costumes une fois cousus. Le costumes violet ne rendait pas trop à l'état de tissu, et après le passage du couturier, on peut dire que le rendu marche bien...

Il y a un costume différent pour chaque scène. Je sais que vu de la France, on se dit 'She's over the top', mais en fait ces costumes sont sobres par rapport à ceux que portent certaines des secrétaires qui travaillent dans les bureaux de l'université, certaines mélangent avec ce costume appellé 'Salvar Kameez', des rouges et jaunes, des oranges et vert, des blancs et rouges...

*

Demain est le 'Holi day', la fête des couleurs. Tout sera fermé et cela m'ennuie bien car nous ne pourrons pas avancer dans la préparation excepté sur le papier. Aalok a trouvé un local pour répéter pour les deux prochains jours juste à côté de l'hotel. Pankaj m'a déconseillé de sortir, car les gens vous jettent de la peinture dessus, des couleurs, etc...

*

8. INT. MORNING. GOVERNMENT OFFICE.


Mahendra walks quikly in the corridor with a bunch of cups of tchaï in his hands. He enters in Aditi’s office and puts tchaï on the desks. When he puts the glass on her desk, he takes discreetly a letter from his pocket and gives it to her. The office’s head observes her, drinks his tea and starts to work again. Someone enters and asks him to come. She takes the letter, opens it and starts to read in a whispered voice, her colleague looks at her sometimes :

- « When are we going to be able to meet somewhere alone, my love ? My lips feels strange, you see, of being without your kisses for such a long time… For my sweetheart to sit on my knees ! for my sweetheart to bite it ! For my sweetheart to… (here the sweetheart is bad and beats me…) ‘Little body of temptation’ I called you ; and you’ll always be, but far from me. Sweetheart, come here ; come very close to Rajiv ; come in the arms of Rajiv ; put your little lips against Rajiv’s lips… Come… I’m so lonely, so desperate for kisses. What wouldn’t I give to make sure that you are genuinely pining for me ! It would, at least, be a consolation… But you, perhaps you think less about me than about the courier boy, Sanjay and the accountant of the office !
Bad ! Bad ! Bad ! Bad ! Bad ! The whip, that’s what’s missing.
Goodbye, I’m going to put my head down in a bucket, to rest my mind. As great men do – at least when they have – One : A mind ; two : A head ; three : a bucket in which to put the head.
A single kiss lasting the lifetime of the world, from yours, always and very much yours, Rajiv. »

*

"Meri jaan,hum akele kab aur kahan mil sakate hain?jaanti ho mere honth ajeeb sa
mehsoos kar rahen hain.kyonki itne dinon se tumhara chumban jo nahi liya .meri jaan meri goand me baithane ke liye, tumhe halke-halke daanton se kaatne ke liye.Tumse milne ke liye mera shareer tadap raha hai.mai tumhe pukarata hun lekin tum door ho priye ,mere paas aao,Raajiv ke aur kareeb aao,Rajeev ki bahon me aao,apne honth Rajeev ke honthon par rakh do.aao,mai bahut akela hun.aur mai tumhe choomana chahta hun..Ye vishwas karane ke liye mai kya karoon jo mujhe sookun de jaata ki tumame mere liye sachmuch tadap hai lekin tum mere bare me shayad courier wale sanjay aur office ke accountant se bhi kam sochati ho.Tum buri ho, buri ho, buri ho,buri ho ,buri ho.Tumhe to sirf kode marne ki kami hai.chalo alvida!Mai balti mein apna sir daalkar dimaag thanda karane jaa raha hun.Mahaan log aisa hi karten hai,jab unke paas 1-Ek aatma 2-Ek sir 3 aur sir daalne ke liye ek baalti hoti hai.
Haan ek antaheen chumban ,Brahma ke kaal ki tarah.Hamesha tumhara aur sirf tumhara
Rajeev"

*

8. Int. Jour. Bureaux.

Adhiti est seule dans son bureau, la porte fermée. Elle lit :

Quand pourrons-nous nous retrouver seuls quelque part, mon amour ?
J’ai la bouche bizarre, vois-tu,
d’être sans bisous depuis si longtemps…
Mon Bébé pour s’asseoir sur mes genoux !
Mon Bébé pour le mordre !
Mon Bébé pour… (là le Bébé est méchant et me frappe…)
Petit corps de tentation t’ai-je appelée ;
et tu continueras à l’être, mais loin de moi.
Bébé, viens ici ;
Viens tout près de Rajiv ;
viens dans les bras de Rajiv ;
mets ta petite bouche contre la bouche de Rajiv…
Viens… Je suis si seul, si seul de bisous.
Que ne donnerai-je pas pour avoir la certitude que tu te languis de moi pour de bon !
Ce serait au moins une consolation…
Mais toi, si ça se trouve, tu penses moins à moi qu’au garçon de courses, à Sanjay et au comptable de la compagnie !
Méchante ! Méchante ! Méchante ! Méchante ! Méchante… !!!
Le fouet, voilà ce qui te manque.
Adieu, je vais me mettre la tête en bas dans un seau, pour me reposer l’esprit.
Ainsi font les grands hommes – du moins lorsqu’ils ont –
1° Un esprit ; 2° Une tête ; 3° un seau où mettre la tête.
Un seul baiser de toute la durée du monde, de ton, toujours et bien à toi,
Rajiv.

 

Mercredi 15 mars

13 : 49

Ce matin la répétition avec Rajiv a bien donné. Il prend du temps mais commence à rentrer dans le personnage. Nous avons travaillé sur les séquences 13 et 5.
La séquence 13 est celle où Rajiv reçoit la lettre de rupture d'Aditi.

*

13. Int. Nuit. Escalier puis séjour appartement de Rajiv.


Mahendra attend devant la porte de Rajiv, après vingt secondes, on entend des pas. Rajiv arrive, Mahendra lui remet une lettre, Rajiv lui donne un billet. Mahendra repart, Rajiv ouvre la lettre et lit :

Il y a quatre jours que vous ne vous montrez pas et ne daignez même pas m’écrire.
Toujours le même comportement.
Je vois que je ne ferais rien de vous,
et je comprends parfaitement que c’est pour m’offenser que vous agissez de la sorte,
que parfois vous m’aurez même traitée de pauvre d’esprit.
Comme vous n’avez, Rajiv, aucun motif de rupture,
vous agissez comme vous le faites.
Eh bien moi, dans ces conditions,
je ne suis pas disposée à continuer.
Je ne suis pas votre idéal,
je le comprends clairement,
la seule chose que je regrette,
c’est que vous ne l’ayez compris qu’au bout d’un an.
Car si vous m’aimiez,
vous n’agiriez pas comme vous le faites,
vous n’en auriez pas le courage.
Les caractères s’accommodent,
l’essentiel est de s’aimer.
Que votre volonté soit faite.
Je vous souhaite d’être heureux.
Adhiti.

Rajiv ouvre la porte à clé et entre dans son appartement. Il allume la lumière et commence à parler :

Ni la petite Adhiti, ni moi
ne somme coupables de cela.
Seul le Destin en porte la faute,
si tant est que le Destin soit quelqu’un à qui l’on puisse attribuer des fautes.
Il se dirige vers le balcon et s’allume une cigarette. Sur le balcon :
Le Temps,
qui patine les visages et les cheveux,
patine aussi, mais plus vite encore, les sentiments violents.
La plupart des gens, parce qu’ils sont stupides,
réussissent à ne pas s’en rendre compte,
et croient aimer toujours, là où il ne reste plus que l’habitude.
S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait pas de gens heureux dans le monde.
Les créatures supérieures, cependant, sont privées de la possibilité d’une telle illusion,
parce qu’elles ne peuvent croire que l’amour soit durable ni,
lorsqu’il est tari, se leurrer en prenant pour de l’amour
l’estime ou la gratitude qu’il a laissées à la place.
Ces choses-là font souffrir,
mais la douleur passe.
Si, même la vie,
qui est tout,
passe à la fin,
comment ne passeraient pas l’amour et la douleur
et toutes les autres choses qui ne sont que des moments de la vie ?

Séquence 13

Rajeev part toujours dans de longues

explications théoriques

et je dois souvent l'interrompre pour revenir au côté technique des choses.
Nous avons ensuite travaillé sur la séquence 5. Rajiv fait des reproches à Aditi dans le train.

*

5. Int. Après-midi. Train local.

Rajiv et Adhiti sont assis côte à côte dans le train. Rajiv :

Tu ne peux pas te rendre compte comme tu me manques quand je suis malade, abattu et triste. L’autre jour, quand je t’ai parlé de ma maladie,
il m’a semblé que ce sujet t’ennuyait,
que tout cela t’importait peu.
Je comprends bien que toi, qui es en bonne santé,
tu te moque de ce que les autres souffrent,
même quand ces autres sont,
par exemple,
moi, que tu prétends aimer.
Je comprends qu’une personne malade soit ennuyeuse,
qu’il soit difficile d’avoir de la tendresse pour elle.
Mais je te demanderai seulement de feindre cette tendresse,
que tu simules un certain intérêt pour moi.
Cela, du moins, ne me blesserait pas autant que le mélange d’intérêt que tu as pour moi et d’indifférence que tu manifestes pour mon bien-être.
Le train s’arrête, il se lève et reprend :
Adieu, petit amour, fais de ton mieux pour m’aimer pour de bon ;
pour partager mes souffrances ;
pour souhaiter mon bien être ;
fais du moins en sorte de bien le feindre.
Il descend du train qui repart. Adhiti regarde par la fenêtre.


*

Il a du mal à trouver le ton pour cette séquence et finalement, là où je suis le plus satisfait, c'est quand il nous montre ce qu'il va dire

en appuyant les mots.


Sa voix devient plus claire et son jeu moins affecté. Je le corrige sur les moindres grimaces, sur les moindres mimiques inutiles qu'il fait entre les répliques pour 'signifier' le texte. Il a trouvé la bonne intonation pour les répliques et maintenant nous nous concentrons surtout sur les espaces entre la parole qu'il ne sait pas encore occuper.

*

Nous venons de trouver Mahendra. Il est un des serveurs dans notre hotel. Je l'ai vu hier soir alors que je m'étais assis sur le balcon pour boire une limonade. Il m'a servi et je lui ai demandé si je pouvais le prendre en photo, car il ressemblait à l'image intérieure que je me faisais de Mahendra.

J'en ai parlé avec Aalok et au moment où j'ai ouvert la porte, il était en train d'ouvrir la porte de la chambre d'en face. Aalok en a parlé au boss puis au garçon, les deux ont accepté. Le garçon gagne 150 rupees par jour. Nous allons lui faire rater trois jours de travail et Aalok a dit que nous lui donnerions 900 rupees.


Lundi 20 mars

00 : 40

Trois de tournage épuisants.
Les conditions étaient loin d'être idéales et je suis loin d'avoir pu faire ce dont j'avais envie à cause de difficultés pratiques.
Vendredi, nous avons tourné dans un superbe appartement situé au septième étage d'un bâtiment qui donne sur la Marine Drive. Le lieu superbe donne beaucoup de possibilités pour la prise de vue. Il y a des quantités de cadres et l'appartement a une forme ciculaire. J'avais prévu des enchaînements de plans qui me plaisaient bien, mais pour des raisons de timing nous n'avons pas pu les tourner, principalement à cause de la lumière qui est partie trop tôt.

Aujourd'hui, tournage à l'Université qui devait être le plus chargé puisqu'il y a quatre scènes qui s'y passent. Nous avions donné RDV à 7h ; j'étais le premier sur les lieux. Nous avons du attendre jusqu'à 10 h 30 que le matériel arrive. J'avais déjà entamé les répétitions pour coordonner des plans compliqués. J'ai été dans un état d'ultra-tension durant toute la journée. Et hier, je me suis fait renverser dans la rue par un chariot à marchandise dont la poutre m'a percuté la cuisse. Le chauffeur ne s'est même pas arrêté ; je me suis retrouvé seul dans la rue par terre à gémir jusqu'à ce que Nikita et Vandita se rendent compte que je ne les suivait plus et viennent me secourir. Un atroupement s'était déjà rassemblé autour de moi, et un type me disait que c'était à cause de mon stylo que j'avais dans la poche. La douleur était insupportable, je me suis traîné en haut des quatres étages qui menaient à notre lieu de tournage qui était vraiment sympa, à cause de la vue que l'on y trouve sur une rue piétonne à l'animation vraiment sympa. Nikita est allée chercher un médecin qui m'a fait une injection contre la douleur. Après cela je me suis senti mieux. Le medecin était vraiment sympa.
J'ai beaucoup de mal à marcher, ce qui m'a fait passer la majeure partie de mon temps assis, à geuler sur les gens.

 

10 : 16

Réveil difficile après une longue nuit de récupération.
J'ai directement pensé au fait que Pankaj m'a dit hier soir à la fin du shoot qu'il ne pourrait pas être là pour la séquence du train. Je suis très perturbé car cela va changer l'eshétique de l'image, et faire perdre au film son unité. Il ne peut pas sentir Rambhavan et m'a beaucoup mit la pression à ce sujet, des insultes ont fusés durant le tournage...
Le tournage était fou, difficile et magique en même temps. Tout devient plus intense car on sait qu'on fixe en 4 jours ce qui a pris 6 mois de préparation. Autant dire que quand le son ne marche plus et que les équipement sont en retard de 2h30, cela est à la limite du tolérable. Le budget se dilapide vite et on sait que l'on ne pourra tourner encore ces scènes.

19 : 22

Repos à l'hotel, sieste d'après-midi.
Je me suis senti très seul lorsque Aalok est parti pour aller chercher des factures. Je suis depuis quelques temps constamment sollicité, et l'absence d'action m'a parut un gouffre. J'ai été mangé puis fais une sieste pour récupérer un peu. Nous sommes allés ce matin à Dadar faire une demande de permission pour tourner dans le bus. Ma jambe droite me porte difficilement, les muscles étant endommagés, je boîte et me traîne. J'ai pris dans le train le compartiment pour handicapés et j'évite les distances. Il m'est devenu difficile de traverser la route qui passe devant l'hotel tant elle est encombrée. Alors que nous revenions, j'ai passé 10 minutes à attendre pour pouvoir traverser, quand un type qui commencait à s'agacer de me voir dans l'impossibilité de traverser m'a prit par la main et m'a fait traverser au milieu du traffic, la technique indienne consiste à slalomer entre les véhicules, même s'ils arrivent à fond ; c'est très dangereux mais ne semble inquiéter personne.

*

Que dire de plus du tournage ?
Trois jours intenses sans sommeil, de tensions, de magie, de rires, etc... Vendredi, j'étais très triste car nous n'avons pas pu tourner trois plans.
Samedi matin, nous ne savions pas encore où nous allions tourner le jour même. Nous avons obtenu l'autorisation pour tourner dans la JJ school of Arts, et puis ensuite nous sommes allés visiter l'appartement d'une amie de Nikita. C'est là que je me suis fais défoncer la jambe par un chariot. Dans cet état de douleur extrême j'ai vu le balcon qui possédait exactement la bonne vue. Nous avons directement appellé tout le monde à l'hotel, il a fallut deux heures pour que tout le monde soit là. Nous avions prévu de tourner jusqu'à 11 heure, quand est arrivé le propriétaire, Nikita m'a dit, "Mickael, you have to talk with this man...", je lui ai dit que nous avions besoin de tourner jusqu'à 11 heures, il m'a dit "huit heures !", catégorique. Nous avons alors décidé de ne tourner que les deux scènes qui se passaient sur la terrasse avec la vue et de trouver un autre décor pour les deux scènes qui se passaient dans la chambre. J'ai demandé à Rajeev, il a passé quelques coups de fil et 30 minutes plus tard, nous avions trouvé un autre décor à quinze de celui-là. A cinq minutes à pied de notre hotel.
L'autre décor appartenait à une famille pauvre, et nous avons fini très tard vers une heure du matin. Ces gens étaient vraiment sympa et il n'y eu aucune tension quand à l'heure. J'ai demandé à la mère si elle pouvait venir poser la lettre dans le cou d'Aditi. Sa démarche jusqu'au lit était parfaite, j'en fut bien ému, j'y ai vu la beauté. Comme celle de Mahendra que tout le monde a trouvé parfait dans le rôle. Sa démarche est est vraiment idéale, le rythme, les coups d'oeils, l'innocence du regard sont inimitables.

*

12. Int. Nuit. Chambre d’Aditi.

Adhiti est en train de dormir dans sa chambre. On voit une main de femme qui lui pose une lettre dans le cou. Après quelques secondes, elle se réveille. Elle ouvre la lettre et lit :

Petit Bébé,
Tu as des milliers – des millions – de raisons d’être fâchée, irritée, ou blessée par moi.
Mais c’est à peine de ma faute ;
la faute en incombe au Destin qui vient de condamner mon cerveau ;
et je ne sais pas si c’est définitif
mais je suis dans un état qui exige un traitement tel
que j’ignore si on pourra me l’administrer.
J’ai l’intention d’entrer le mois prochain en maison de santé
pour essayer d’y trouver un certain traitement,
qui me permette de résister à la vague noire qui s’abat sur mon esprit.
Ne m’attends plus ;
si tu me vois, ce sera le matin, quand tu iras au bureau.
Ne te fais pas de souci.
Toujours tien, Rajiv.


*


*

12. INT. NIGHT. ADITI’S ROOM.


Aditi is sleeping in her room. We see a woman’s hand putting a letter on her neck. After a few seconds, she wakes up. She opens the letter and reads :

- « Little sweetheart,
You have thousands – millions – of reasons to be angry, irritated or hurt by me. But it’s hardly my fault ; the fault belongs to Destiny who has just condemned my brain ; I would not say it is permanent but I’m in a state which requires such a treatment that I ignore if one would be able to administer it to me. I have the intention of entering a mental home next month to try to find a certain treatment, that would allow me to resist the black wave that dejects my spirit.
Do not wait for me anymore ; if you see me, it’ll be in the morning, when you’ll go to the office. Don’t worry. Always very much yours, Rajiv »


*

Alors que nous étions sur la séquence 12, le DAT a encore lâché, nous avons du finir sur mon ordinateur portable et sur mon minidisc, ce qui m'a bien contrarié. Nous avons ainsi fait la séquence 6, quand Aditi prie Krishna. J'ai beaucoup aimé cette séquence.

*

Le lendemain matin, nous nous sommes levés à 6 heures pour être sur les lieux à 7 heures. J'étais le premier arrivé et il a fallut attendre deux heures trente pour que le matériel arrive. J'avais déjà commencé à répéter la scène 3, pour coordiner les nombreuses actions qui s'y passaient. Nous avons tourné jusqu'à dix heures sans pause à un rythme halletant. Et tout le monde a pris du plaisir, notamment pour les scènes avec les figurants qu'il fallait coordonner. Mohit avait engagé cinq figurant du syndicats qui étaient très bons pour créer une ambiance. Nous avons donc créé une ambiance pour les bureaux de l'université. J'ai eu plein de nouvelles idées pendant le tournage pour créer des situations avec les acteurs. Shriti s'est assise à côté de Vandita et j'ai trouvé qu'elle serait parfaite pour jouer la collègue de travail. Je lui ai créé un personnage en décalage avec le contexte, tout le monde me disait que sa tenue vestimentaire n'allait pas mais je l'ai gardée. Je lui ai demandé de la jouer bout en train, dans la séquence 14 je l'ai fait dormir pendant le travail.
Pour Vijay Pundith qui jouait l'intendant du bureau, je lui imposé un style agressif, pédant. Je lui ai fait répéter un bon nombre de fois l'ouverture de la porte lorsqu'il arrive le matin au bureau. Son entrée annonce le personnage et crée son aura de celui qui a du pouvoir.
Ces scènes étaient marrantes et je me suis bien retenu de rire durant certaine prises. Pour la première fois, j'ai tourné des séquences qui avaient de la légèreté. Cela fait partie des nombreuses choses que j'ai appris avec Xavier Durringer lors de l'écriture de mon long-métrage qu'il a supervisée de près. Il m'a dit un jour, "le mélodrame, tu sais déjà le faire, oublie. Fais ce que tu ne sais pas faire...".

3. INT. EARLY MORNING. GOVERNMENT OFFICE.

Mahendra walks in the corridor, he enters in the office.
No one has arrived yet. Mahendra enters and gives her a letter. She reads in a low voice :

« It’s roughly four in the morning and, even though my aching body needs rest, I’ve permanently desisted from sleeping. It has been three nights that this has been happening to me but this night is one of the most horrible one I’ve known in my life. I had to fall sick exactly at the time when I have so many things to do.
You see, my adored sweetheart, in what state of mind I am these days, especially the last two ? And you cannot imagine how madly I miss you, how constantly I miss you.
Your absence, from one day to the other, »


The head of the office enters, she hides the letter and takes a file.
Head :

- « You’re very early today… »


The heads sits and starts working. He’s giving a phone call. She takes the letter out again and finishes in a very low voice :

- « Your absence, from one day to the other, dejects me : imagine, my love, how I’m feeling without seeing you, for almost three days !
So at this time of the night, I feel as if I am in the desert ; I’m thirsty and I have no one to ask for a drink ; I’m becoming half mad in the isolation in which I find myself and I don’t have anyone who cares about me in case I should try to sleep. I’m very cold, I’m going to lie on the bed and try to rest. I don’t know when I’ll send you this letter or if I’ll add something else to it. Ah, my love, my Sweetheart, my little baby, if only you could be here !
Many, many, many, many, many kisses to you, always yours… »

J'ai ajouté dans la deuxième partie du plan l'arrivée de Shriti, ce qui compliquait les choses mais marchait bien. J'ai demandé à Vijay de ne rien dire, mais d'entrer simplement, puis de s'assoir et de commencer à parler au téléphone, en parlant très fort, ce qui était plutôt amusant. Je crois au pouvoir de l'artificialité.


Quand je montre comment jouer aux acteurs, je le fais toujours en éxagérant, ce qui leur laisse de l'espace pour trouver leur propre version. Si je leur donnait un exemple tangible, cela en deviendrait bloquant, car il n'y aurait pas de possibilité pour interpréter soi-même les choses. Je crois que c'est la même chose pour un film. Ce qui est exagéré devient évident, et en même temps donne beaucoup d'espace dans l'esprit du spectateur.
Et c'est au niveau de l'espace que j'ai décidé de la mise en scène. L'espace donné par le rythme, par le temps des plans sans action, par les nombreux hors champs qui créent un espace imaginaire. Alors que les bureaux et les rues sont très chargés, les espaces intimes sont très simples et beaucoup plus légers. J'ai cherché à créer du contraste en opposant dans leur structure visuelle ces deux espaces, qui se situent à deux niveaux différents dans la vie quotidienne.

*

2. INT. LATE EVENING. ADITI’S ROOM.

It’s eleven in the evening. Aditi is in her room, at her parents’ place. It’s a small room, with a large square window with a view on the street. We can see the passers-by on the other side. Aditi is sewing on a machine and talks to herself :

« You cannot understand how sad I feel, I cannot stop crying and I will never regain my happiness ! I’m so unhappy !
If only you knew what’s going on inside me, Rajiv !…
Many times, I look happy… But God knows my heart, and it seems that with you I cannot be sad, my mind is occupied with only one thought, and I forget everything else !… I don’t know yet if I shall give you this note, I think of giving it to you and then I think the contrary, I’ll decide only tomorrow.
It’ll be futile to request it from me !…
It’s midnight, I’m going to rest my mind a bit, see you tomorrow… »

*


La cour de l'hotel New Bengal.

Mardi 21 mars

16 : 50

J'ai beaucoup de mal à marcher et j'ai une angine et la fièvre. Nous préparons le tournage pour jeudi, qui se passera dans le train ou le bus. RDV et écritures de lettres au programme...
Parallèlement, je prépare la séquence de titre que nous tournerons l'après-midi. Et la séquence 8 que nous tournerons je ne sais encore où, et peut-être la séquence 2 que Vandita veut refaire...
Rajiv se donne à fond pour activer la permission pour le train en faisant marcher des contacts locaux.

 

 

Mercredi 22 mars

22 : 25

Ma voix me lâche et je ne peux presque plus parler. Je n'ai jamais été autant à bout depuis le début du voyage. Le tournage était au-dessus de mes forces. Les troupes sont fatiguées et la prochaine offensive paraît impossible. Pourtant demain nous tournons dans le train ; enfin, ce fameux train dont j'ai tant espéré pouvoir capter les recoins.
Nous avons passé la journée à essayer d'obtenir une permission pour ce tournage. Allant de bureau en bureau, nous avons écumé les joies de l'administration indienne.
Alors que j'aurai du passer ma journée au lit, je l'ai passée ainsi, sans conviction, sans force. En me traînant comme une vieille personne qui attends sa fin.
La fièvre et la transpiration dans les odeurs et le bruit. Ils deviennent insupportables. Mes idées sont floues. Aalok a des douleurs aux intestins, Vandita s'est bloquée la nuque... Tout semble s'opposer à la fin du tournage. Je n'attends que la fin pour souffler. Viendra-t-elle ?
Aalok apporte les costumes à la blanchisserie de l'hotel. J'écoute un cd de Richter. Mes habits collent et je vais essayer de prendre une douche, et essayer de dormir. Je ne sais pas encore où nous allons tourner la séquence 13. Je pense dans la rue, dans un coin tranquille. J'aimerais penser que demain je vais tourner dans le désert. Cela serait si simple.
J'aime ce pays. J'aime la chaleur des gens. Leur humilité. Je repense à ma chute, j'aurais pu mourir au milieu de la rue dans l'indifférence générale... Cela me donne un sentiment d'injustice, un sens très dramatique, de l'absurde en fait. Ici, la vie ne vaut pas plus que cela. Pourquoi quand au même moment la France entière se tourne vers la grippe aviaire, l'état du Maharastra ne fait que circuler une rumeur sur le 'bird flu', qui ne semble pas inquiété les gens plus que ça ; "ce n'est qu'une chose parmi d'autres..." m'a-t-on dit. Je n'arrive plus à traverser la route seul. N'en ai-je plus le courage, ou peut-être que puisque je ne peux courir, le risque est devenu trop grand.
Que reste-t-il ?
Le désespoir contient encore de l'espoir. C'est une autre façon d'espérer. Nier l'espoir est le l'espoir suprême que nous allons être sauvés. A quoi bon cultiver la déception. Elle vient d'elle-même. La déception semble être la seule issue, absence d'issue, absence de gain, de résultat. Stop. Ca devient trop philosophique.
Donc demain, séquence 9 puis séquence 5 puis séquence 7 que finalement j'ai mis entre 11 et 12. En seulement une heure... sans éclairages et micro-cravate. Avec quatre types de la police des trains pour nous garder.
Que de fois je pense à prendre un bain et à me reposer avec une bonne tisane, à mettre un cd de Bach sans rien faire... Au fond ce n'est qu'une partie d'expérience qui revient au même que la puanteur et que la crasse. Toute expérience se vaut. Le bonheur n'existe pas. On doit pouvoir cultiver les mauvaises herbes de l'esprit et les chérir pour ne pas créer un monde artificiel et vide de sens.


Jeudi 23 mars

22 : 20

Dernier jour de tournage complété. Et miracle nous avons pu tourner dans le train. La soirée était aux bilans.
La journée a commencé à 5h30, à 5h45, nous étions devant la gare Victoria Station, censés prendre le train de 6h16. Bien sûr tout le monde ne fût pas à l'heure, et nous avons du attendre 6h50. Nous avions une heure pour tourner trois scènes. Autant que ce fût rock'n'roll, puisque sans permission, il fallait être discrets au maximum... Dispositif caméra épaule et micro cravate. Il fallait tourner quand le train était en marche et cacher le matériel à chaque arrêt. Il n'y avait personne pour enregistrer le son, aussi, j'ai du l'enregistrer et grâce à cela je me suis rendu compte que c'est ce que j'aurais du faire sur le tournage.


C'est aujourd'hui que j'ai le plus appris. Après le train, je savais seulement les dialogues que j'allais filmer, et que nous avions loué le matériel pour la journée. Aussi, nous avons emmené tout le monde petit déjeuner au restaurant qui se trouve à côté de notre hotel. Pendant ce temps, je suis allé avec Pankaj chercher une rue vers Princesse Street qui correspondrait à l'idée que j'avais fais évoluer avec Vandita. Elle se parle seule parfois dans la rue. Nous avons trouvé une rue qui le satisfaisait au niveau de la lumière et puis appellé les autres pour nous rejoindre. Séquence 8, que nous devions tourner dans les bureaux. Aditi arrive dans une rue et saute brusquement sous un escalier pour lire la lettre de Rajiv.

*

8. Int. Jour. Bureaux.

Aditi est seule dans son bureau, la porte fermée. Elle lit :

Quand pourrons-nous nous retrouver seuls quelque part, mon amour ?
J’ai la bouche bizarre, vois-tu,
d’être sans bisous depuis si longtemps…
Mon Bébé pour s’asseoir sur mes genoux !
Mon Bébé pour le mordre !
Mon Bébé pour… (là le Bébé est méchant et me frappe…)
Petit corps de tentation t’ai-je appelée ;
et tu continueras à l’être, mais loin de moi.
Bébé, viens ici ;
Viens tout près de Rajiv ;
viens dans les bras de Rajiv ;
mets ta petite bouche contre la bouche de Rajiv…
Viens… Je suis si seul, si seul de bisous.
Que ne donnerai-je pas pour avoir la certitude que tu te languis de moi pour de bon !
Ce serait au moins une consolation…
Mais toi, si ça se trouve, tu penses moins à moi qu’au garçon de courses, à Sanjay et au comptable de la compagnie !
Méchante ! Méchante ! Méchante ! Méchante ! Méchante… !!!
Le fouet, voilà ce qui te manque.
Adieu, je vais me mettre la tête en bas dans un seau, pour me reposer l’esprit.
Ainsi font les grands hommes – du moins lorsqu’ils ont –
1° Un esprit ; 2° Une tête ; 3° un seau où mettre la tête.
Un seul baiser de toute la durée du monde, de ton, toujours et bien à toi,
Rajiv.


8 . DAY .KUMAR’S COMPANY OFFICE.

Aditi is sitting alone in her office, the door is closed. She reads :

Meri jaan,hum akele kab aur kahan mil sakate hain?jaanti ho mere honth ajeeb sa
mehsoos kar rahen hain.kyonki itne dinon se tumhara chumban jo nahi liya .meri jaan meri goand me baithane ke liye, tumhe halke-halke daanton se kaatne ke liye.Tumse milne ke liye mera shareer tadap raha hai.mai tumhe pukarata hun lekin tum door ho priye ,mere paas aao,Raajiv ke aur kareeb aao,Rajeev ki bahon me aao,apne honth Rajeev ke honthon par rakh do.aao,mai bahut akela hun.aur mai tumhe choomana chahta hun..Ye vishwas karane ke liye mai kya karoon jo mujhe sookun de jaata ki tumame mere liye sachmuch tadap hai lekin tum mere bare me shayad courier wale sanjay aur office ke accountant se bhi kam sochati ho.Tum buri ho, buri ho, buri ho,buri ho ,buri ho.Tumhe to sirf kode marne ki kami hai.chalo alvida!Mai balti mein apna sir daalkar dimaag thanda karane jaa raha hun.Mahaan log aisa hi karten hai,jab unke paas 1-Ek aatma 2-Ek sir 3 aur sir daalne ke liye ek baalti hoti hai.
Haan ek antaheen chumban ,Brahma ke kaal ki tarah.Hamesha tumhara aur sirf tumhara
Rajeev

Ce tournage dans la rue sans permission était vraiment intérressant. C'était le premier jour où nous avons vraiment eu affaire au chaos de la rue indienne. Nous avons fait un plan qui donnait sur une rue adjacente à Princesse Street et la foule s'était rassemblée, simplement pour voir Vandita traverser le champ. Sa présence changeait tout. Nous l'avons fait en une prise et ensuite, nous sommes allés dans la petite rue piétonne repérée avec Pankaj. Là nous avons tourné le plan sous l'escalier. Toute la rue s'était réunie et j'ai demandé à Aalok et Mohit de contrôler la foule. A chaque plan, nous avons choisi des figurants dans la foule. C'est la principale chose que j'ai compris, c'est qu'ici, rien ne vaut l'improvisation quant à l'action, c'est là que ça décolle le plus.


A la première prise, Vandita a lut en ajoutant pleins de sourires et de rires. J'ai demandé à faire une autre prise et je lui ai expliqué que les comiques ne rient pas de leur propre blagues, car ils priveraient le public d'avoir leur propre réaction. Elle a relu la lettre rapidement, sans affectation et cela a très bien marché. Elle m'a dit qu'elle venait de comprendre et qu'elle voulait re-tourner tout le film. Je lui ai dis "Budget is gone...". Néanmoins nous avons retourné la séquence 2 à sa demande. Dans la première configuration, elle se parlait tout en faisant de la couture. Le matin alors que nous cherchions une rue nous avons trouvé un stand de noix de coco et je me suis dit que cela serait parfait qu'elle dise le dialogue tout en buvant une noix de coco... Le matin, elle en a acheté une et a commencé à réclamer un rabais sur le prix. J'ai décidé de garder ça pour commencer la scène. Nous l'avons tourné et cela s'est super bien goupillé. Heureusement j'avais le son et je pouvais vraiment savoir ce qui se passait ; je crois que je ne lâcherais plus le casque sur le prochain film, c'est là que tout se passe. Elle était vraiment enthousismé par sa nouvelle compréhension du texte et déçue de ne pouvoir tourner encore les scènes. Après cela nous avons tourné une scène avec Rajiv dans le café où il écrit la séquence 8. Nous avons demandé pour tourner dans ce café le jour même.


L'angine du début de semaine s'est transformée en extinction de voix. J'ai finis le tournage sans voix et à l'heure qu'il est je ne peux plus parler. Autant dire que c'est dur, heureusement écrire reste toujours possible. Nous voulions faire la fête de fin de tournage ce soir et nous avons repoussé pour que tout le monde puisse se reposer.
Le bilan reste positif et tout le monde a beaucoup appris, à commencer par moi. C'était le premier film que je tournais intégralement en pellicule avec une équipe aussi complète. La journée d'aujourd'hui m'a montré que le plus important est la confiance que l'on a dans son imagination en dépit des nombreuses limites et soucis économiques qui s'opposent souvent aux idées que l'on préparées. J'ai vu que l'on peut partir en tournage et trouver les actions au fur et à mesure tant que le dialogue est déjà là. Il faut cette confiance de se dire que l'on ne va pas se planter et gaspiller tout l'argent que coûte une journée de tournage.

*

9. Int. Fin d’après-midi. Train local.

Adhiti et Rajiv sont assis côte à côte dans le train. Ils se tiennent par la main. Adhiti :

Mon père sait tout.
Le garçon, après ce qui s’est passé hier,
est allé voir mon père aujourd’hui et lui a tout raconté, en jetant de l’huile sur le feu.
Évidemment, mon père est rentré aussitôt à la maison voir ma mère ;
affolée, ma mère lui a dit qu’elle ne savait rien.
Il a dit à mon père que tu étais dans mon bureau,
que c’est pour ça que j’ai rompu avec lui,
que j’avais des relations avec toi en même temps qu’avec lui,
et que je sors avec toi et que pas plus tard qu’hier j’étais allée chez Mademoiselle avec toi,
qu’il t’a bien vu alors que tu parlais avec quelqu’un.
Enfin, tu peux imaginer les réactions de mon père,
il a dit à ma mère qu’il fallait surveiller tout ça de près,
et qu’il ne voulait pas que je te parle dans la rue
si par hasard c’était vrai cette histoire que j’avais un amoureux.
Ma mère a dit qu’elle ne savait rien de tout cela et s’en lavait les mains.
Mon père a dit qu’il m’en parlerait.
Donc nous sommes privés de nous parler pendant un moment
et mon petit amour doit désormais écrire à son petit Bébé et venir le voir à sa fenêtre, d’accord ?
On peut fixer les jours et les heures.
Par exemple demain tu pourrais passer dans ma rue à sept heures et demie et je serais à ma fenêtre pour te voir.
D’accord mon petit amour ?

Je crois que tout le monde malgré toutes les difficultés va garder un bon souvenir. Rajiv a gardé toutes les lettres qu'il a lu dans le film et les acteurs vont avoir les costumes. En fait, le film ne fait que commencer car ensuite il va falloir monter et tout et tout et cela compte pour beaucoup dans le résultat final. Enfin, demain, récupération des factures, confirmation de billet d'avion et repos. J'espère regagner ma voix vite car c'est vraiment dur d'être condamné au silence. Aalok est très triste car le tournage est fini. Je crois que revenir à la vie lui fait un choc, similaire à celui que j'ai éprouvé lundi... On est tellement focalisés sur les obstacles et comment les franchir qu'on en oublie la dépression habituelle qui nous prend quand on a le temps pour penser à son sort et aux difficultés habituelles de la vie qui sont plus ancrées dans nos névroses que les obstacles qu'on rencontre en production.
Je crois qu'en fait c'est la même chose. Les films qu'on fait dépendant de la relation qu'on établit à notre égo. Et sur la question de l'ego, Aalok m'impressionnes beaucoup de par sa capacité à laisser tomber ses barrières personnelles pour s'ouvrir à l'autre. Aussi, le meilleur moyen de travailler en équipe c'est de ne pas essayer de garder un interêt pour soi, d'abandonner les désir de gain, et d'être prêt à travailler sur toutes les erreurs des autres sans les blâmer. Pour cela je dis toujours que je suis responsable de toutes les erreurs qui arrivent aussi les gens arrêtent de se refiler la faute... Qui puis-je blâmer puisque après tout j'ai initié ce projet à la base.
Ce matin, j'étais le premier à être là à la gare. Pourtant 30 min. plus tard, les gens viennent se plaindre du retard prit. Et bien ok. Pourquoi pas ?

Vendredi 24 mars

10 : 20

Je vais faire une liste des erreurs pour s'en rappeler la prochaine fois.
Ma voix n'est pas revenue et je ne décrirais pas l'état de ma gorge, pour préserver la sensibilité des plus vulnérables.

14 : 06

Je viens de confirmer mon ticket. Retour dimanche dans la nuit, arrivée tôt le matin. Demain, journée d'enregistrements de sons. Ce qui est pas mal, c'est qu'il n'y a pas besoin de trouver quelqu'un ; je vais le faire directement avec 'l'attendant' qui s'occuppe du matériel. Il était bon hier, c'est finalement lui qui a fait les prises.

17 : 48

11. Int. Fin d’après-midi. Chambre d’Adhiti.

On peut lire en hindi :

Écoute, fillette :
je ne vois pas clair dans l’avenir.
Je veux dire : je ne sais pas ce qu’il en sera de nous deux,
étant donné, en plus, ta façon de céder à toutes les influences de ta famille
et d’être en tout d’un avis différent du mien.
Avant, tu étais plus docile, plus tendre, plus amoureuse.
Enfin…
Demain, je passerai à la même heure, pourras-tu te montrer à la fenêtre ? toujours et bien à toi,
Rajiv

 

Jeudi 30 mars

01 : 22

Trois jours après le retour à Tourcoing. J'ai fait une projection des rushs aujourd'hui, deux heures et demi. C'est étrange de retrouver la France. Tout est si spacieux et organisé. Vu de loin, il ne reste que les images et le souvenir. C'est la qualité du travail qui reste. Les relations aussi, qui je crois sont précieuses. J'ai appellé tout le monde dans le taxi vers l'aéroport pour leur dire à bientôt. Maintenant commence un mois de montage sur CTM, à couper et coller la pellicule. Cela va être reposant, à côté du tournage. Il y aura un carnet de bord en anglais pour que cette fois ce soit l'équipe qui puisse suivre le montage.

*

13. Int. Nuit. Escalier puis séjour appartement de Rajiv.

Mahendra attend devant la porte de Rajiv, après vingt secondes, on entend des pas. Rajiv arrive, Mahendra lui remet une lettre, Rajiv lui donne un billet. Mahendra repart, Rajiv ouvre la lettre et lit :

Il y a quatre jours que vous ne vous montrez pas et ne daignez même pas m’écrire.
Toujours le même comportement.
Je vois que je ne ferais rien de vous,
et je comprends parfaitement que c’est pour m’offenser que vous agissez de la sorte,
que parfois vous m’aurez même traitée de pauvre d’esprit.
Comme vous n’avez, Rajiv, aucun motif de rupture,
vous agissez comme vous le faites.
Eh bien moi, dans ces conditions,
je ne suis pas disposée à continuer.
Je ne suis pas votre idéal,
je le comprends clairement,
la seule chose que je regrette,
c’est que vous ne l’ayez compris qu’au bout d’un an.
Car si vous m’aimiez,
vous n’agiriez pas comme vous le faites,
vous n’en auriez pas le courage.
Les caractères s’accommodent,
l’essentiel est de s’aimer.
Que votre volonté soit faite.
Je vous souhaite d’être heureux.
Adhiti.


Rajiv ouvre la porte à clé et entre dans son appartement. Il allume la lumière et commence à parler :

Ni la petite Adhiti, ni moi
ne somme coupables de cela.
Seul le Destin en porte la faute,
si tant est que le Destin soit quelqu’un à qui l’on puisse attribuer des fautes.
Il se dirige vers le balcon et s’allume une cigarette. Sur le balcon :
Le Temps,
qui patine les visages et les cheveux,
patine aussi, mais plus vite encore, les sentiments violents.
La plupart des gens, parce qu’ils sont stupides,
réussissent à ne pas s’en rendre compte,
et croient aimer toujours, là où il ne reste plus que l’habitude.
S’il n’en était pas ainsi, il n’y aurait pas de gens heureux dans le monde.
Les créatures supérieures, cependant, sont privées de la possibilité d’une telle illusion,
parce qu’elles ne peuvent croire que l’amour soit durable ni,
lorsqu’il est tari, se leurrer en prenant pour de l’amour
l’estime ou la gratitude qu’il a laissées à la place.
Ces choses-là font souffrir,
mais la douleur passe.
Si, même la vie,
qui est tout,
passe à la fin,
comment ne passeraient pas l’amour et la douleur
et toutes les autres choses qui ne sont que des moments de la vie ?

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