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LES VOIES AÉRIENNES

Extraits vidéo
captation à l'Abbaye de Royaumont le 2 sept. 2007
Images intégralement réalisées avec des webcams


 

Extrait 1 — Prologue

 




Extrait 2 — E-mail de Véra à Werner

 



 

Extrait 3 — Le rêve de Véra

 



Traductions en français

Extrait 1 — Prologue
À l'origine, dédicace de Rainer Maria Rilke à Marina Tsvetaeva, ces quelques lignes introduisent le thème central du spectacle. En fond, la Vallée du Rhône, en Suisse - où repose Rainer Maria Rilke.

Traduction de l'Allemand

Nous nous touchons, comment ?
Par des coups d’aile,
Par les distances mêmes - nous nous effleurons.
Un poète seul vit, et quelquefois
Vient qui le porte au devant de qui le porta.

 

Extrait 2 — E-mail de Véra à Werner
Acte II. Véra (Marina Tsvetaeva) écrit un mail d'amour à Werner (Rainer Maria Rilke)...

Traduction de l'Allemand

Je ne m'habituerais jamais à toi – pas plus qu'à moi! Pas plus qu'à l'étonnement, pas plus qu'à penser à toi.
Tu es ce que je rêverai cette nuit, ce qui me rêvera cette nuit.
Rêver ou être rêvé ? Une moi inconnue dans le rêve d’un autre.
Je ne t’attends jamais, je t’éveille toujours.
Quand quelqu’un nous rêve ensemble – nous nous rencontrons.
Werner, si je veux aller à toi, c’est aussi pour ma nouvelle moi, qui ne saurait naître qu’avec toi, en toi.
Et alors, Werner, ne m’en veux pas, c’est moi la mauvaise, je veux dormir avec toi – m’endormir et dormir avec toi.
Cette merveilleuse expression populaire, comme elle est vraie, profonde, sans équivoque, Comme elle dit bien ce qu’elle dit.
Simplement dormir. Rien de plus.

Si pourtant : enfouir ma tête dans ton épaule gauche – passer mon bras sur ton épaule droite - rien de plus. Si pourtant : savoir, jusqu’au plus profond du sommeil, que c’est toi.
Et encore : comment ton cœur sonne. Et – baiser ton cœur.
Werner, le soir tombe, je t'aime. Un train hurle. Les trains sont des loups, les loups sont la Russie. Ce n'est pas un train – c'est toute la Russie qui hurle après toi.
Ne sois pas fâché contre moi, fâché ou non, cette nuit, je dormirai avec toi.

Une faille dans l'obscurité, parce qu'il y a des étoiles, je la referme: la fenêtre. Quand je pense à toi et à moi, je pense à une fenêtre, pas à un lit. Les yeux grands ouverts, car dehors, il fait plus noir encore que dedans.

Le lit est un bateau, nous partons en voyage. Tu n’as pas besoin de répondre – qu’au baiser. V.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Extrait 3 — Le rêve de Véra
Fin de l'Acte III. Véra (Marina Tsvetaeva) raconte à Aliocha (Boris Pasternak) le rêve qu'elle a fait de Werner (Rainer Maria Rilke) trois jours après sa mort.

Traduction du Russe

— Aliocha ! Werner est mort. Je ne sais pas la date, il y a trois jours environ. On est venu m’inviter à un réveillon et en même temps, on m’a appris la nouvelle.

— Et moi qui pensait lui rendre visite un jour, en Suisse, et qui vivais de cet espoir.

*

— Oui ! Le plus important ! Ce jour, mon premier rêve de lui ou ce n’est pas “pas tout en lui était rêve”, mais rien n’était rêve.
J’avais été longue à trouver le sommeil, j’avais lu, puis je ne sais pourquoi, j’ai décidé de dormir à la lumière. À peine avais-je fermé les yeux qu’Alia – nous dormons ensemble, parfois Mour est le troisième : “Entre nous, il y a une tête argentée.” Non pas argentée par l’âge, mais faite de ce métal, c’est ainsi que je l’entends.

Et une salle. Par terre, des flambeaux, des chandeliers et leurs chandelles, tout le plancher en est piqué. Ma robe est longue, je dois courir au milieu de tout cela sans rien accrocher. La danse des chandelles. Je cours en les cernant et sans les accrocher : beaucoup de gens en noir, et je devine que c’est une réunion d’initiés.

Je m’approche d’un monsieur assis dans un fauteuil un peu plus loin. Je le regarde. Et lui, avec un sourire :

— « Rainer Maria Rilke ».

Alors, moi, non sans défi ni reproche :

— « Ich Weiss ! ».

Je m’éloigne, je reviens, je regarde autour de moi : on danse déjà. Je le laisse achever une phrase à quelqu’un, plus exactement entendre ce que lui dit quelqu’un – une dame agée en robe marron, exubérante – et je l’emmène par la main.

Et puis encore la salle : pleins feux, aucune tristesse et l’assistance est tout ce qu’il y a de vivante, bien que grave.
Les hommes en jaquette à l’ancienne, les dames – âgées pour la plupart – en couleurs sombres. Majorité d’hommes.
Quelques vagues prêtres. L’autre pièce est une pièce ordinaire. Des amis, des connaissances.

Conversation générale. L’un dans un coin loin de moi, est jeune, l’autre, à côté – d’aujourd’hui. Sur mes genoux, il y a un chaudron bouillant, j’y jette un copeau – de toute évidence : la mer et un navire :

— Venez voir, et après cela, les gens osent naviguer !

— “J’aime la mer, la mienne, celle de Genève”

— “De Genève, oui. Mais la vraie mer, et surtout l’Océan, je les déteste. A St-Gilles…”

— “A St-Gilles tout est bien”

— “St-Gilles-sur-vie…”

Je considère ce rêve comme un pur cadeau de Werner.

Je vis par lui et avec lui.

*

Tu es enfoui en moi comme le trésor du Rhin – jusqu’au jour dit.
Si je meurs sans avoir connu cela avec toi, mon sort ne s’est pas acompli, je ne me suis pas accomplie, car tu es mon dernier espoir de moi tout entière, celle qui est et qui ne saurait être sans toi.

Nous n’étions pas destinés à devenir l’un pour l’autre l’affaire de notre vie; au Jugement dernier, ce n’est pas de moi que tu répondras - quelle force dans ce : pas destinés ! quelle foi !

Je ne reconnais Dieu qu’à travers le non-advenu.

 

 


 

 

 

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