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Rajiv Kumar

ScŽnario original

 

 

Rajiv est un cŽlbre Žcrivain indien qui finit sa vie dans un refuge sur une colline du Rajasthan. ApprŽciant la solitude, il va tous les jours en promenade et Žcrit ses dernires pages.

 

1. Int. Refuge. Matin.

 

Rajiv dort, on entend la lecture de la premire page de son cahier.

 

JĠai observŽ durant longtemps les manges des hommes. Aprs avoir dŽbutŽ ma vie simplement, jĠai connu le succs. Avec le succs, jĠai ŽtŽ partout de par le monde. JĠai frŽquentŽ les milieux littŽraires, jĠŽtais admirŽ et connu de tous.

Et puis un jour, on a jugŽ un de mes Žcrits trop audacieux. On fit un dŽcret dĠarrestation contre ma personne. Je dus mĠexiler dĠInde.

 

Quinze ans dĠhumiliations.

Quinze ans de souffrances, qui ont dŽtruit ma vie. Je nĠavais plus aucun ami sur qui compter. Seule ma femme est toujours restŽe mon alliŽe fidle face ˆ toutes les tentatives de complot.

 

AujourdĠhui, arrivŽ au terme de ma vie, jĠai abandonnŽ toute tentative de me justifier.

JĠai renoncŽ ˆ tout espoir de retrouver gr‰ce aux yeux des hommes.

 

Peut-tre suis-je dans ma situation actuelle le plus heureux dĠentre eux.

Ma solitude est remplie dĠextase face ˆ la nature.

 

JĠŽcris ces pages, seul face a moi-mme et sans aucune attente de nulle part. Je continuerais jusquĠˆ ce que ma santŽ me le permette.

 

 

2. Ext. Lac Pangong/Refuge. Nuit

 

Il se rappelle les moments passŽs au bord du Lac Pangong dans lĠHimalaya.

 

Parfois quand le soir approche, je vais mĠasseoir au bord du lac dans un coin ˆ lĠabri. Lˆ, le bruit des vagues et lĠagitation de lĠeau fixent mes sens et plongent mon ‰me dans un Žtat second o je suis totalement apaisŽ.

Le flux et le reflux de lĠeau, son bruit continu et frappant mes oreilles et mes yeux remplacent le flux de mes pensŽes pour me faire sentir pleinement mon existence.

 

De temps ˆ autre na”t quelque rŽflexion sur lĠinstabilitŽ des choses de ce monde dont la surface des eaux mĠoffre lĠimage.

 

De quoi jouit-on dans une pareille situation?

De rien dĠextŽrieur ˆ soi, de rien sinon de soi-mme et de sa propre existence. Le sentiment de lĠexistence dŽpouillŽe de toute autre affection est par lui-mme un sentiment prŽcieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chre et douce a qui saurait Žcarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres.

 

 

3. Int. Maison dĠenfance. Jour

 

Il rve quĠil visite la maison de son enfance.

 

Une fois encore je visite la maison de mon enfance, o jĠai passŽ mes premiers jours. Elle est dŽserte. O sont les arbres dans le jardin ? O sont mes parents ? Et les soirŽes passŽes ensemble. Je flotte dans Je flotte dans cet espace vide. Rempli de leurs prŽsences. Je vais de chambre en chambre. Ë la recherche dĠobjets perdus. Que jĠaimais tant.

Mais je me perds dans un angle, obsŽdŽ par sa texture. Je rentre dans un mur. Je me dissous lentement dans ce mur. Peut-treÉ Peut-tre que monÉ Mon existence entire, est quelque part ici.

 

 

4. Ext. Colline. Matin

 

Il fait encore nuit. Rajiv (le vieil Žcrivain) se lve. Il sort et marche en haut de la colline pour aller observer le lever du soleil.

 

DŽlivrŽ de toutes les passions terrestres quĠengendre le tumulte de la vie sociale, mon ‰me sĠŽlance frŽquemment au-dessus de cette atmosphre, et commerce dĠavance avec les intelligences cŽlestes dont elle espre aller augmenter le nombre dans peu de temps.

 

Aprs quelques minutes, il voit quelquĠun qui se dirige vers sa maison.

 

 

5. Int/Ext. Refuge. Jour

 

Dans le refuge, il sert un thŽ ˆ son ™te et sĠassoit.

 

Silence

 

Le fils :

 

- ÒPre, pourquoi finir votre vie ainsi, dans ces conditions que vous ne mŽritez pas ?Ó

 

Rajiv :

 

- ÒQuand tout Žtait dans lĠordre autour de moi, quand jĠŽtais content de tout ce qui mĠentourait et de la sphre dans laquelle jĠavais ˆ vivre, je la remplissais de mes affections.

Heureux en apparence, je nĠavais pas un sentiment qui puisse soutenir lĠŽpreuve de la rŽflexion et dans lequel je puisse vraiment me complaire. Jamais je nĠŽtais parfaitement content ni dĠautrui ni de moi-mme.

Le tumulte du monde mĠŽtourdissait, la solitude mĠennuyait, jĠavais sans cesse besoin de changer de place et je nĠŽtais bien nulle part. Pourtant, jĠŽtais ftŽ, bien voulu et bien reu. Je nĠavais pas un ennemi. Je jouissais des avantages lies ˆ cette situation et je ne voyais personne dont le sort fut prŽfŽrable au mien.

 

Que me manquait-il pour tre heureux? Je lĠignore. Mais je sais que je ne lĠŽtais pas.Ó

 

Le fils :

 

- ÒEt pouvez-vous dire que vous lĠtes dans cette situation rudimentaire?Ó

 

Rajiv :

 

- ÒJĠai trouvŽ la paix intŽrieure. Je ne nourris plus aucun espoir. Je suis bient™t dŽsespŽrŽ. Et jĠen Žprouve un certain soulagement. Je nĠai plus aucun attachement  ˆ rien. È

 

Le fils qui voit que son pre se fatigue dŽcide de prendre congŽ. Il se lve et se prosterne.

 

Le fils (qui prend son pre dans les bras) :

 

- ÒJe repasserais vous voir bient™tÓ

 

Le pre rŽpond par un geste et le fils sort de la pice.

 

 

6. Ext. Refuge. Jour

 

Rajiv prend sa douche devant le refuge.

 

Mon corps est devenu lourd. Froid. Insupportable. Plus je sens que je me dŽtache de ce corps et plus je sens la mort imminente et je nĠen attends rien.

Pourtant, parfois, au milieu de mes insomnies, un doute mĠenvahit, mon corps se glace et jĠŽprouve la crainte de mourir. Cette peur se prolonge en gŽnŽral jusquĠau sommeil.

Et puis lorsque je me rŽveille je nĠai plus aucune peur.

Je suis prt.

Je pense ˆ un amoureux qui concentre son attention sur lĠtre aimŽ et dont le corps frŽmit et vibre dĠŽmotions ˆ la vue de cet tre. Je lĠenvie.

 

 

7. Int. Refuge. Nuit/Jour

 

Il est allongŽ dans son lit et voit et entend des enfants qui parlent et qui chantent.

 

Au cÏur de ma solitude, je me nourris des mmes sentiments que ceux de mon enfance, et je les partage avec des tres imaginaires que jĠai inventŽ. Ils existent vraiment pour moi qui les aie crŽŽs et je sais quĠils ne me trahiront jamais. Ils resteront lˆ tant que mes malheurs dureront et me soutiendront jusquĠˆ la fin.

 

 

8. Int/Ext. Refuge/Colline

 

Il est en train dĠobserver une colline et se remŽmore son amour avec son instructrice Aditi Singh.

 

Cela fait aujourdĠhui cinquante ans que date ma premire rencontre avec Aditi Singh. Elle avait vingt-huit ans, jĠen avais dix-sept. Mon tempŽrament commenait ˆ sĠaffirmer, – je lĠignorais encore -, - elle dŽcouvrit un tempŽrament vif, mais doux et modeste. JĠentrais tout dĠabord sous son aile pour y Žtudier, et jĠy dŽcouvris la vie amoureuse.

 

Ce premier moment dŽcida de moi pour toute ma vie, et produisit par un encha”nement inŽvitable le destin du reste de mes jours.

 

Je dus prolonger longtemps cet Žtat o lĠamour et lĠinnocence cohabitent au sein du mme cÏur.

Elle mĠavait ŽloignŽ, mais tout me rappelait ˆ elle. Ce retour fixa ma destinŽe. Et longtemps avant de la possŽder je ne vivais plus quĠen elle et pour elle.

Ah! Si jĠavais suffi ˆ son cÏur comme elle suffisait au mien!

Il nĠy a pas de jour o je ne me rappelle cet unique et court temps de ma vie. Sans ce court et prŽcieux espace, je serais peut-tre restŽ incertain sur moi. Car tout le reste de ma vie, faible et sans rŽsistance, jĠai ŽtŽ tellement agitŽ, ballottŽ, tiraillŽ par autrui que passif jĠaurais eu peine ˆ dŽmler ce quĠil y a de mien dans ma propre conduite. Ce court temps demeure le seul o je puis dire avoir vŽcu. Et jĠai toujours su quĠil  ne pourrait durer. JĠaurai fait tout ce qui Žtait en mon pouvoir pour le prolonger pour lĠŽternitŽ.

 

 

İ Micha‘l J. Kummer, 2003

 

 

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