Rajiv
est un clbre crivain indien qui finit sa vie dans un refuge sur une colline
du Rajasthan. Apprciant la solitude, il va tous les jours en promenade et
crit ses dernires pages.
Rajiv
dort, on entend la lecture de la premire page de son cahier.
JĠai observ durant longtemps les manges
des hommes. Aprs avoir dbut ma vie simplement, jĠai connu le succs. Avec le
succs, jĠai t partout de par le monde. JĠai frquent les milieux
littraires, jĠtais admir et connu de tous.
Et puis un jour, on a jug un de mes crits
trop audacieux. On fit un dcret dĠarrestation contre ma personne. Je dus
mĠexiler dĠInde.
Quinze ans dĠhumiliations.
Quinze ans de souffrances, qui ont dtruit
ma vie. Je nĠavais plus aucun ami sur qui compter. Seule ma femme est toujours
reste mon allie fidle face toutes les tentatives de complot.
AujourdĠhui, arriv au terme de ma vie, jĠai
abandonn toute tentative de me justifier.
JĠai renonc tout espoir de retrouver
grce aux yeux des hommes.
Peut-tre suis-je dans ma situation actuelle
le plus heureux dĠentre eux.
Ma solitude est remplie dĠextase face la
nature.
JĠcris ces pages, seul face a moi-mme et sans aucune attente de nulle part. Je
continuerais jusquĠ ce que ma sant me le permette.
Il
se rappelle les moments passs au bord du Lac Pangong
dans lĠHimalaya.
Parfois quand le soir approche, je vais
mĠasseoir au bord du lac dans un coin lĠabri. L, le bruit des vagues et
lĠagitation de lĠeau fixent mes sens et plongent mon me dans un tat second o
je suis totalement apais.
Le flux et le reflux de lĠeau, son bruit
continu et frappant mes oreilles et mes yeux remplacent le flux de mes penses
pour me faire sentir pleinement mon existence.
De temps autre nat quelque rflexion sur
lĠinstabilit des choses de ce monde dont la surface des eaux mĠoffre lĠimage.
De quoi jouit-on dans une pareille
situation?
De rien dĠextrieur soi, de rien sinon de
soi-mme et de sa propre existence. Le sentiment de lĠexistence dpouille de
toute autre affection est par lui-mme un sentiment prcieux de contentement et
de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chre et douce a qui saurait carter de soi toutes les impressions
sensuelles et terrestres.
3. Int. Maison dĠenfance. Jour
Il
rve quĠil visite la maison de son enfance.
Une fois encore je visite la maison de mon
enfance, o jĠai pass mes premiers jours. Elle est dserte. O sont les arbres
dans le jardin ? O sont mes parents ? Et les soires passes ensemble.
Je flotte dans Je flotte dans cet espace vide. Rempli de leurs prsences. Je
vais de chambre en chambre. Ë la recherche dĠobjets perdus. Que jĠaimais tant.
Mais je me perds
dans un angle, obsd par sa texture. Je rentre dans un mur. Je me dissous
lentement dans ce mur. Peut-treÉ Peut-tre que monÉ Mon existence entire, est
quelque part ici.
Il
fait encore nuit. Rajiv (le vieil crivain) se lve. Il sort et marche en haut
de la colline pour aller observer le lever du soleil.
Dlivr de toutes les passions terrestres
quĠengendre le tumulte de la vie sociale, mon me sĠlance frquemment
au-dessus de cette atmosphre, et commerce dĠavance avec les intelligences
clestes dont elle espre aller augmenter le nombre dans peu de temps.
Aprs
quelques minutes, il voit quelquĠun qui se dirige vers sa maison.
Dans
le refuge, il sert un th son te et sĠassoit.
Le
fils :
- ÒPre, pourquoi finir votre vie ainsi,
dans ces conditions que vous ne mritez pas ?Ó
Rajiv
:
- ÒQuand tout tait dans lĠordre autour de
moi, quand jĠtais content de tout ce qui mĠentourait et de la sphre dans
laquelle jĠavais vivre, je la remplissais de mes affections.
Heureux en apparence, je nĠavais pas un
sentiment qui puisse soutenir lĠpreuve de la rflexion et dans lequel je
puisse vraiment me complaire. Jamais je nĠtais parfaitement content ni
dĠautrui ni de moi-mme.
Le tumulte du monde mĠtourdissait, la
solitude mĠennuyait, jĠavais sans cesse besoin de changer de place et je
nĠtais bien nulle part. Pourtant, jĠtais ft, bien voulu et bien reu. Je
nĠavais pas un ennemi. Je jouissais des avantages lies cette situation et je
ne voyais personne dont le sort fut prfrable au mien.
Que me manquait-il pour tre heureux? Je
lĠignore. Mais je sais que je ne lĠtais pas.Ó
Le
fils :
- ÒEt pouvez-vous dire que vous lĠtes dans
cette situation rudimentaire?Ó
Rajiv
:
- ÒJĠai trouv la paix intrieure. Je ne
nourris plus aucun espoir. Je suis bientt dsespr. Et jĠen prouve un
certain soulagement. Je nĠai plus aucun attachement rien. È
Le
fils qui voit que son pre se fatigue dcide de prendre cong. Il se lve et se
prosterne.
Le
fils (qui prend son pre dans les bras) :
- ÒJe repasserais vous voir bienttÓ
Le
pre rpond par un geste et le fils sort de la pice.
Rajiv
prend sa douche devant le refuge.
Mon corps est devenu lourd. Froid.
Insupportable. Plus je sens que je me dtache de ce corps et plus je sens la
mort imminente et je nĠen attends rien.
Pourtant, parfois, au milieu de mes
insomnies, un doute mĠenvahit, mon corps se glace et jĠprouve la crainte de
mourir. Cette peur se prolonge en gnral jusquĠau sommeil.
Et puis lorsque je me rveille je nĠai plus
aucune peur.
Je suis prt.
Je pense un amoureux qui concentre son
attention sur lĠtre aim et dont le corps frmit et vibre dĠmotions la vue
de cet tre. Je lĠenvie.
Il
est allong dans son lit et voit et entend des enfants qui parlent et qui
chantent.
Au cÏur de ma solitude, je me nourris des
mmes sentiments que ceux de mon enfance, et je les partage avec des tres
imaginaires que jĠai invent. Ils existent vraiment
pour moi qui les aie crs et je sais quĠils ne me trahiront jamais. Ils
resteront l tant que mes malheurs dureront et me soutiendront jusquĠ la fin.
Il est en train dĠobserver une colline et se
remmore son amour avec son instructrice Aditi Singh.
Cela fait aujourdĠhui cinquante ans que date
ma premire rencontre avec Aditi Singh. Elle avait
vingt-huit ans, jĠen avais dix-sept. Mon temprament commenait sĠaffirmer,
– je lĠignorais encore -, - elle dcouvrit un temprament vif, mais doux
et modeste. JĠentrais tout dĠabord sous son aile pour y tudier, et jĠy
dcouvris la vie amoureuse.
Ce premier moment dcida de moi pour toute
ma vie, et produisit par un enchanement invitable le destin du reste de mes
jours.
Je dus prolonger longtemps cet tat o
lĠamour et lĠinnocence cohabitent au sein du mme cÏur.
Elle mĠavait loign, mais tout me rappelait
elle. Ce retour fixa ma destine. Et longtemps avant de la possder je ne
vivais plus quĠen elle et pour elle.
Ah! Si jĠavais suffi son cÏur comme elle
suffisait au mien!
Il nĠy a pas de jour o je ne me rappelle
cet unique et court temps de ma vie. Sans ce court et prcieux espace, je
serais peut-tre rest incertain sur moi. Car tout le reste de ma vie, faible
et sans rsistance, jĠai t tellement agit, ballott, tiraill par autrui que
passif jĠaurais eu peine dmler ce quĠil y a de mien dans ma propre
conduite. Ce court temps demeure le seul o je puis dire avoir vcu. Et jĠai
toujours su quĠil ne pourrait
durer. JĠaurai fait tout ce qui tait en mon pouvoir pour le prolonger pour
lĠternit.
İ Michal J. Kummer, 2003